AA - Bruxelles
Les résultats du référendum pour le changement de nom de la Macédoine, organisé en vue de la résolution du conflit gréco-macédonien, ne semblent pas avoir détourné l’attention que manifestent l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et l’Union européenne (UE) à l’égard du pays et ce, malgré la très faible participation électorale invalidant le processus.
En effet, malgré un faible taux de participation (36%) et une non publication des résultats officiels, des déclarations unilatérales puis conjointes ont été successivement faites par les membres de l’UE et par l’OTAN.
La volonté des parties de « gagner » l’administration de Skopje face à l’influence russe peut éventuellement constituer la raison principale expliquant le soutien intensif accordé au référendum, réalisé conformément à l’accord de changement de nom qui ouvrira la voie à l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, par la région euro-atlantique.
Si la Macédoine ne revêt aucune importance au égard à sa puissance démographique, économique et militaire, il semblerait que sa position stratégique la rende précieuse aux yeux de l'OTAN et de l'UE.
- Soutien intensif de l'OTAN et de l'UE
L'intérêt pour le processus référendaire macédonien s’est fait ressentir dès le mois de septembre.
Des rencontres successives de haut niveau ont été effectuées à l’issue de la visite effectuée à Skopje (Macédoine) par le Secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg.
La visite de ce dernier a été suivie par celle de la chancelière allemande, Angela Merkel, puis celle de la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, et enfin, de celle du Secrétaire de la défense des États-Unis, Jim Mattis.
Le jour du référendum, à l’issue du dépouillement des résultats en Macédoine, Johannes Hahn, Commissaire à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, a immédiatement exprimé, via les réseaux sociaux, sa satisfaction quant aux résultats électoraux.
Après Hahn, John Stoltenberg a fait part de sa réjouissance invitant « tous les dirigeants politiques et les partis à agir de manière constructive et responsable lors de cette occasion historique ».
Le lendemain du référendum, la haute représentante de la politique européenne des relations extérieures et de la sécurité, Federica Mogherini ainsi que Hahn ont réitéré, dans une déclaration conjointe, l’appui de l'UE au processus.
Plus tard, Stoltenberg et le Président du Conseil de l'UE, Donald Tusk, ont publié une déclaration conjointe reflétant la position commune de l'OTAN et de l'UE.
Soulignant, de nouveau, que l’accord de nom entre Athènes et Skopje est une « occasion historique », la déclaration a précisé que ce dernier ouvre la voie à l’adhésion de la Macédoine à l'OTAN et à l'UE.
-Les Balkans face à la Russie
D’un passé chargé d’opérations militaires et de missions de maintien de la paix dans les Balkans, notamment dans l’après Guerre froide, l’OTAN, qui compte aujourd’hui 29 membres, dispose d’alliés balkaniques à l’instar de la Slovénie, la Croatie, l'Albanie et le Monténégro.
La Macédoine qui s’est vu adressée une invitation officielle pour rejoindre l’OTAN lors du sommet de Bruxelles (juillet), a intégré le Plan d’Action pour l’adhésion à l’OTAN en 1999.
Le seul obstacle à l'adhésion de la Macédoine reste le problème de nom qui existe avec la Grèce. A ce titre, Stoltenberg a souligné que la Macédoine pourrait, dès l’an prochain, devenir membre de l'OTAN si elle parvient à résoudre ledit problème.
Hormis la Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie et l'Ukraine figurent parmi les pays qui souhaitent devenir membres de l'OTAN.
La Macédoine joue un rôle clé dans la politique d'élargissement de l'OTAN dans la région des Balkans, considérée comme l’ « arrière cour» de l'Union soviétique. L'OTAN accorde une importance primordiale à l’élargissement dans les Balkans, et ce, afin de réduire l’influence de la Russie, rivale de longue date, dans la région.
Complétant sa domination sur la mer Adriatique grâce à l'adhésion du Monténégro à l’Alliance, l’OTAN cherche désormais à renforcer, « l’Union des Balkans », face à la Russie, à travers l'adhésion de la Macédoine au sein de l’organisation.
D'autre part, en cas d’adhésion de la Macédoine à l’Alliance, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo et la Serbie seront les seuls pays de la région non membres de l’OTAN.
La Bosnie-Herzégovine fait partie des pays qui souhaitent adhérer à l'OTAN. A noter que l’Alliance envisage l’adhésion de la Bosnie-Herzégovine à condition que le pays parvienne à résoudre les problèmes relatifs à la reconnaissance du pays.
Bien que la relation de partenariat entre l’OTAN et la Serbie, étroitement liée à l'administration de Moscou, s’est récemment intensifiée, il semblerait que l'administration de Belgrade ne soit pas ouverte à une éventuelle adhésion à l'Alliance.
- L’interêt de l’UE pour les Balkans de l’Ouest
L'intérêt de l'UE pour la Macédoine devrait également être considéré dans le cadre de la politique d'élargissement de l’Union dans les Balkans occidentaux.
Un élargissement qui avait été mis de côté face à la crise des migrants avant d’être de nouveau porté à l’ordre du jour.
L'UE, qui souhaite, à l’instar de l’OTAN, limiter l'influence russe dans la région, encourage l'adhésion à l’Union de la Macédoine [qui dispose d’un statut de pays candidat] ainsi que celle de la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l'Albanie, le Kosovo et la Serbie.
Les relations qu’entretient la Turquie, qui dispose d’une proximité géographique ainsi que de liens historique et stratégique avec les Balkans, avec les pays de la région, poussent également l'UE à se concentrer sur la zone.
De la même manière, les activités de la Chine dans la région oriente l'UE vers les pays des Balkans.
Dans ce contexte, la déclaration de la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mogherini, selon laquelle « les Balkans peuvent être facilement transformés en un nouvel échiquier qui deviendrait un domaine de discorde des grandes puissances », doit être appréhendé comme un avertissement.
Ainsi, le soutien de l'UE à l’égard du référendum invalide, peut être considéré comme un effort de l'Union visant à empêcher la présence d’autre puissance dans les Balkans occidentaux.
- L’importance de la position géostratégique
La Macédoine, qui dispose d’un grand nombre de militaires actifs (environ 8 000) et qui abrite environ deux millions d’habitants, semble importante aux yeux de l’UE et de l’OTAN en raison de sa position géostratégique.
L’UE, en état d’alerte depuis l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, accorde une grande importance quant au maintien de la Macédoine et des autres pays balkaniques sur l'axe euro-atlantique.
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