Bilal Müftüoğlu
08 Mars 2016•Mise à jour: 09 Mars 2016
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Premier producteur de viande bovine en Europe et parmi les cinq premiers pays du monde en exportation des animaux vivants, la France convoite un nouveau marché, celui de la Turquie.
L'intérêt de la filière bovine française pour le marché de la viande rouge en Turquie ne s'agit pas d'une idée toute neuve mais marque plutôt un retour des éleveurs français après l'ouverture du marché turc à la viande d'origine étrangère. En effet, déjà en 2012, la France avait exporté 80 000 animaux vivants en Turquie, devenant ainsi un des plus importants fournisseurs de ce pays en viande.
Le pari est désormais élevé avec un potentiel d'exportation qui pourrait aller jusqu'à 150 000 animaux par an, confie à Anadolu Emmanuel Bernard, président de la commission export de l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes Interbev. Un chiffre qui placerait donc la Turquie comme le troisième destinataire des bovins français au monde après des marchés traditionnels comme l'Italie et l'Espagne.
L'exportation des bovins français vers la Turquie n'est par ailleurs pas en phase de conception. En effet, les autorités des deux parties sont en pleine négociation pour conclure les protocoles définissant les modalités du transport des animaux vivants depuis la France et de leur engraissement par les producteurs turcs, souligne Bernard.
La Turquie et la France mènent actuellement des discussions sur un protocole supplémentaire, concernant la fièvre catarrhale (maladie de la langue bleue), précise le professionnel français. "Avec l'Italie et l'Algérie, on a trouvé le protocole qu'il fallait, on essaie de trouver une solution pour la Turquie", ajoute-t-il.
La Turquie est dans le viseur des éleveurs français pour plusieurs raisons, selon Bernard. Premièrement, elle est, comme l'Italie une terre d'élevage et ses éleveurs sont capables de "finir" les animaux. Les éleveurs turcs "savent le travail, du coup c'est intéressant pour nous de fournir des animaux avec des qualités qui correspondent à types de produits que veulent le consommateur turc", explique ainsi ce responsable d'Interbev.
Par ailleurs, l'expérience de 2012 a montré que les abatteurs turcs étaient contents du produit qu'ils ont pu obtenir, et elle a permis à deux parties de se connaître et d'avoir un rapport humain, selon Bernard.
Face à la concurrence du côté de l'Australie ou encore de l'Amérique du sud, Bernard estime que la filière bovine française a tous les avantages pour affirmer sa présence en Turquie. Déjà, pour ce qui est d'effectifs, la France compte près de 18 millions de bovins, dont 4 millions de vaches allaitantes, rappelle l'éleveur français. "Un potentiel important", soutient-il.
Autre avantage des races bovines françaises serait pour Bernard, le faible taux de mortalité lors de leur exportation en bateau, qui est de l'ordre de 0,2 pour 1000.
La France a aussi la caractéristique de rester sur des races pures, un "point commun" dans les filières bovines turque et française, note le responsable. "Quand on va dans les élevages en Turquie, on s'aperçoit que les éleveurs turcs sont aussi très attachés aux noms des races", indique-t-il.
Outre l'exportation des animaux vivants, les éleveurs turcs et français ont d'autres possibilités d'échange, selon Bernard. Les deux parties ont échangé sur la coopération technique, lors du dernier Sommet de l'Elevage, notamment sur le transfert de l'expérience française en matière d'engraissement, informe-t-il.
"La France a aussi à apprendre, il y a une culture de la charcuterie bovine en Turquie qui peut nous permettre de progresser", ajoute l'éleveur.
Finalement, en terme de prix et de coût, Bernard reste prudent et dit souhaiter avoir un niveau qui sera bénéfique à la fois pour les éleveurs français et le marché turc.
"L'idée, ce n'est pas d'ouvrir les vannes", explique-t-il, "c'est de rester sur des volumes qui permettent au prix de la viande en Turquie de ne pas plomber mais de se maintenir à un niveau qui permettent aux producteurs de vivre".