Abdel Ra'ouf D. A. R. Arnaout
02 Juillet 2024•Mise à jour: 03 Juillet 2024
AA / Jérusalem / Abdelraouf Arnaout
Le débat et les échanges d'accusations entre les responsables israéliens se sont intensifiés, au sujet de la surpopulation des prisons accueillant des détenus palestiniens depuis le début de l'offensive contre la Bande de Gaza en octobre dernier.
Le Shin Bet a critiqué le gouvernement israélien et le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, qui a appelé à davantage de violations des droits des détenus. Il leur reproche d’avoir ignoré des mois d'avertissements signalant que l'offensive en cours nécessitait d'énormes espaces de détention supplémentaires pour pouvoir accueillir les milliers de nouveaux détenus palestiniens.
La question de la surpopulation carcérale s'est posée, lundi, après la libération du docteur Mohammed Abu Selmiya, directeur de l'hôpital Al-Shifa à Gaza.
Dans une longue déclaration sur X, Ben-Gvir a déclaré, mardi : « Depuis que j'ai pris mes fonctions en tant que ministre de la sécurité nationale, l'un des principaux objectifs que je me suis fixé était de durcir les conditions de vie des "terroristes" dans les prisons et de réduire leurs droits au minimum ».
Ben-Gvir a déclaré qu'après le déclenchement de la guerre le 7 octobre dernier, « j'ai enfin pu mettre en œuvre la réforme tant attendue. Les conditions de vie des "terroristes" en prison ont été réduites au minimum : nous avons mis fin aux dépôts financiers, supprimé les cantines, retiré les appareils électriques des cellules, interrompu les promenades en plein air, réduit considérablement le temps passé dans les salles de bains et supprimé le menu généreux, qui a été transformé en menu simple. En bref, nous avons complètement mis fin aux conditions du camp de vacances. »
« Il y a une surpopulation dans les prisons », a déclaré Ben-Gvir, qui a ajouté : « Je n'ai jamais pensé à libérer des "terroristes" des prisons à cause de la surpopulation. »
« C'est l'essence même du désaccord entre moi et le chef du Shin Bet, Ronen Bar, qui estime que les conditions de détention des "terroristes", y compris la surpopulation, donnent une mauvaise image dans le monde et pourraient conduire à une escalade. Je soutiens que si ce qui nous est arrivé se produisait dans n'importe quel autre pays du monde, les conséquences seraient bien plus graves », a déclaré l'extrémiste controversé Ben-Gvir.
« J'ai déjà proposé une solution beaucoup plus simple, qui consiste à légiférer en faveur de la peine de mort pour les ''terroristes'', ce qui résoudrait le problème de la surpopulation - une législation à laquelle le Shin Bet s'oppose également fermement », a souligné Ben-Gvir.
Les responsables de l'administration pénitentiaire israélienne ont déclaré mardi que « des préparatifs pour les urgences et l'accueil des détenus auraient dû être entrepris dès le début de la guerre, mais cela n'a pas été fait ».
La société israélienne de radiodiffusion a cité des responsables sous couvert d'anonymat qui ont déclaré : « Il n'y a pas eu de préparation préalable au sein de l'administration pénitentiaire pour accueillir des centaines de détenus ».
Au moins 9 623 prisonniers palestiniens sont détenus par Israël, a déclaré, lundi, le groupe de défense des droits de l'homme HaMoked, citant les données de l'administration pénitentiaire israélienne.
« Au 1er juillet 2024, Israël détenait 2 059 prisonniers condamnés, 2 783 détenus et 3 379 détenus administratifs sans procès. Israël détient également 1 402 personnes qualifiées de "combattants illégaux" », a déclaré le groupe.
Le terme "combattants illégaux" est utilisé par Israël pour désigner les Palestiniens de la Bande de Gaza détenus au cours de l'offensive qu'il mène contre l'enclave depuis le 7 octobre dernier.
Israël, qui fait fi d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant un cessez-le-feu immédiat, s'est attiré les foudres de la communauté internationale en poursuivant son offensive brutale sur Gaza depuis le 7 octobre 2023.
Plus de huit mois après le début de la guerre israélienne, de vastes étendues de Gaza sont réduites à l'état de ruines et soumises à un blocus paralysant qui prive les habitants de denrées alimentaires, d'eau potable et de médicaments.
Israël est poursuivi pour crime de génocide devant la Cour internationale de justice, dont la dernière ordonnance lui a enjoint de mettre immédiatement fin à son opération militaire dans la ville de Rafah, dans le sud de l'enclave, où plus d'un million de Palestiniens avaient trouvé refuge avant que la ville ne soit envahie, le 6 mai dernier.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj