Mourad Belhaj
26 Octobre 2019•Mise à jour: 26 Octobre 2019
AA / Bagdad / Ibrahim Saleh
Le leader du « mouvement Sadriste » en Irak, Moqtada al-Sadr, a appelé, samedi, à la démission des responsables du pays avant qu'il ne se retrouve plongé dans une guerre civile. Il a également appelé à la fin de la répression contre les manifestants.
Al-Sadr a déclaré, dans un communiqué dont Anadolu a reçu une copie : « Si les manifestations, selon l'opinion de certains, ne sont pas une solution, ni les sit-in, ni les grèves, s’accrocher au pouvoir est-il une solution ? Même si vous n’avez pas la capacité de mettre fin aux souffrances du peuple ? De le débarrasser des corrompus et de lui assurer une vie décente?»
Et d’ajouter: « Si vous voulez que les gens ne tuent pas et ne brûlent pas, comme de juste, vous qui êtes corrompus, arrêtez de vous en prendre à eux. Qu'on en finisse avec l’oppression et l'injustice. Ce ne sont que des gens qui veulent bien vivre dans la dignité et qui aspirent à une patrie débarrassée de toute corruption ».
« Ce sont des gens ordinaires qui ont très bien réussi à faire pression sur les corrompus et les ont forcés à se retirer et à essayer de se réformer ... N’allez-vous pas les aider Mr le Premier Ministre (Adel Abdul Mahdi), afin de mener à bien ces réformes que vous prétendez accomplir !?! », a-t-il poursuivi.
Et d'enchaîner : « C’en est assez ! Pour que l’Irak ne glisse pas vers l’enfer de la sédition et de la guerre civile et que cela ne mette pas fin à tout, en laissant le pays tomber sous le joug des corrompus et des puissances étrangères ».
« Aujourd'hui, il incombe aux élites de ce peuple et à ses sages de mettre immédiatement fin à ces tumultes. Démissionnez avant d'être licenciés ou réformez avant que vous ne soyez renvoyés », a-t-il conclu.
Al-Sadr soutient « l'Alliance Sairoun », qui a remporté les dernières élections législatives (54 sièges sur 329), mais le gouvernement irakien a, comme à l’accoutumée, été formé par consensus entre les blocs politiques, dans le cadre d'un système dit « de quotas », dans lequel les positions sont réparties entre les composantes nationales et ethniques du pays.
Al-Sadr avait déjà pris la tête de manifestations populaires anti-corruption en Irak ces dernières années.
La deuxième vague de manifestations, qui a débuté vendredi en Irak, a fait 63 morts, selon le dernier bilan de la Commission Irakienne des droits de l'Homme. Une première vague, deux semaines auparavant, avait fait 149 morts dans les rangs des manifestants et 8 morts dans les rangs des forces de l'ordre.
Les manifestants avaient d'abord réclamé de meilleurs services publics, la création d'emplois et la lutte contre la corruption, avant que leurs revendications ne soient revues à la hausse après que l'armée et les forces de sécurité eurent utilisé une violence excessive à leur encontre, ce que le gouvernement a reconnu et promis de traduire les responsables en justice.
Depuis le début des manifestations, le gouvernement d’Adel Abdul-Mahdi a adopté plusieurs réformes, dans plusieurs secteurs, sans toutefois satisfaire les manifestants, qui réclament toujours la chute du gouvernement qui a essuyé de violentes critiques suite à sa gestion de la crise et le traitement violent infligé aux manifestants.
Des observateurs estiment que la nouvelle vague de manifestations exercera une pression croissante sur le gouvernement d’Abdul-Mahdi et pourrait éventuellement conduire à sa chute.
Selon l’indice Transparency International, l’Iraq est l’un des pays du monde les plus touchés par la corruption. Une corruption qui a sapé les institutions de l’État, dont la population se plaint toujours du manque de services publics tels que l’électricité, la santé et l’éducation, dans un pays qui draine des milliards de dollars par an en revenus pétroliers.