Nadia Chahed
29 Mars 2017•Mise à jour: 30 Mars 2017
AA/Paris/Souhir Bousbih
Comme son mari avant elle, Pénélope Fillon a été mise en examen, mardi soir, par les juges d’instruction chargés de l’enquête sur les emplois présumés fictifs dont elle aurait bénéficié à l’Assemblée Nationale ( parlement) et à la Revue des Deux Mondes, détenue par un proche du couple, Marc Ladreit de Lacharrière.
Les chefs d’inculpation retenus contre l’épouse du candidat du parti Les Républicains ( LR) à la présidentielle, François Fillon, sont "recel et complicité de détournement de fonds publics, recel et complicité de détournement de fonds publics et recel d’escroquerie aggravée". Des faits pour lesquels, s’ils sont avérés, elle encourt avec son mari jusqu’à dix ans de prison.
Mais pour le moment, le temps de la campagne rattrape celui de la justice. A moins d’un mois du premier tour, les juges d’instruction rattachés au pôle financier du Tribunal de Paris vont probablement attendre l’issue du second tour de l’élection présidentielle avant de communiquer davantage sur l’affaire.
Toutefois, l’instruction se poursuit et les juges pourraient entendre d’autres personnes impliquées dans l’enquête, comme les deux enfants du couple qui ont travaillé comme assistants parlementaires de leur père.
Une victoire à l’élection présidentielle mettrait François Fillon à l’abri pendant cinq ans. Il bénéficierait de l’immunité présidentielle, mais pas sa femme, qui resterait une justiciable comme les autres.
Il n’existe, en effet, aucun statut juridique protégeant la première dame du pays. Elle pourrait être renvoyée en correctionnelle pendant le mandat de son mari et à moins d’un non lieu, risquer l’ouverture d’un procès, ce qui serait une première dans l’histoire de la cinquième République.
Les juges ont également la possibilité d’attendre la fin du mandat d’un président en exercice pour décider de l’ouverture d’un éventuel procès… Mais dans le cas présent, on est loin de ce scénario. Car dans les faits, François Fillon n’est pas le favori des sondages.
Fragilisé depuis le mois de janvier par les révélations successives du journal satirique Le Canard Enchaîné sur les emplois de sa femme et de ses enfants à l’Assemblée, les « cadeaux » qu’il a reçus, le prêt non déclaré de 50 000 euros accordé par le même ami qui a employé sa femme, il est distancé depuis des semaines dans les sondages d’opinion par Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Mis en examen le 14 mars pour détournement de fonds publics, recel et complicité d’abus de biens sociaux et manquement aux obligations déclarative à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, François Fillon a vu de nombreux soutiens quitter le rang.
Après avoir dans un premier temps attaqué les juges, il a désormais axé sa stratégie de défense contre un autre adversaire : l’Elysée, qu’il a accusé sur un plateau de télévision d’abriter un « cabinet noir » à l’origine de ses affaires judiciaires.
La machination, le complot, c’est également l’angle de défense adopté par l’avocat de Pénélope Fillon pour dénoncer la mise en examen de sa cliente, qui serait, selon lui, victime d’une « instruction conduite exclusivement à charge, au mépris de la séparation des pouvoir et de la présomption d’innocence ». Pénélope Fillon, elle, pas réagi publiquement à la nouvelle.