Bilal Müftüoğlu
10 Mars 2016•Mise à jour: 11 Mars 2016
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Le premier camp humanitaire de France construit par Médecins Sans Frontières (MSF) pour les réfugiés occupant une zone boueuse près de Grande-Synthe risque la fermeture à peine deux jours après son inauguration.
Dans une déclaration parue sur le site web de MSF et signée par plusieurs associations humanitaires, dont Amnesty, Croix Rouge Française et Médecins du Monde, les ONG ont dénoncé le "cynisme hors norme" de l'Etat français qui a envoyé une lettre de mise en demeure à la mairie de Grande-Synthe sur l'ouverture "précipitée" du camp.
Le camp privé de MSF serait "préjudiciable à la sécurité de centaines de personnes" et ne respecterait les normes de construction, selon les autorités françaises, rapporte la déclaration.
"Au lieu de s'engager enfin dans des actions concrètes dont beaucoup relèvent de sa responsabilité, voici que l’Etat se pose en inspecteur des travaux finis", déplorent les associations. Et d'ajouter:
"La situation ne manque pas d’ironie : alors que l’Etat a lui-même été condamné en novembre pour avoir manqué à ses obligations, notamment celles concernant la santé publique et l’hébergement d’urgence, le voilà qui sanctionne celles et ceux qui ont joint leurs efforts pour pallier ses manquements, et enfin proposer aux migrants une nette amélioration de leurs conditions d’existence".
Les associations reconnaissent de leur côté qu'il reste "beaucoup à faire" tout en ajoutant le camp n'a "jamais eu la prétention de tout régler ni de se conformer aux exigences légales les plus strictes" et a été construit "dans l'urgence".
La construction du nouveau camp avait commencé à la mi-janvier, retardé par l'Etat qui mettait en avant des contraintes techniques, comme le risque d'incendie, selon MSF. Le projet de l'organisation faisait suite à l'appel du maire de la ville, qui dénonçait l'"inaction des pouvoirs publics" face à l'urgence humanitaire dans la région.
Le camp de MSF construit avec une capacité d'accueil de 1500 personnes à l'heure actuelle a déjà accueilli plus de 900 migrants, essentiellement des Kurdes de Syrie et d'Irak, occupant jusqu'ici la zone de Basroch, le deuxième bidonville de France pour les réfugiés après la "Jungle" de Calais.