AA/Paris/Fatih KARAKAYA
La septième puissance mondiale fait face à un manque de personnel, sans précédent, dans certains secteurs de l’économie.
Alors que dans les années appelées « Trente glorieuses » qui s’étendent du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’au choc pétrolier de 1973, la France avait eu recours en masse à de la main d’œuvre étrangère, aujourd’hui la montée de l’extrême droite bloque cette perspective.
Avec un chômage assez bas, malgré l’appel de plusieurs secteurs, dont la restauration, qui souhaitent recourir aux travailleurs étrangers, le gouvernement préfère durcir les conditions d'accès aux allocations de chômage et aux aides sociales pour inciter les Français à travailler.
Pourtant, il est de notoriété publique que ces secteurs qui souffrent de « volontaires et de vacation » sont soit des secteurs très mal payés avec une pénibilité extrême comme le bâtiment, soit des secteurs hautement qualifiés comme des médecins dont la formation prend du temps.
- Des grèves liées au manque de personnel
La France est connue pour ces nombreuses grèves notamment liées aux salaires et aux conditions de travail. Mais, de plus en plus, elle découvre aussi les grèves liées au manque de personnel comme dans les hôpitaux.
En effet, ce mardi 10 janvier, une nouvelle mobilisation du personnel des hôpitaux va paralyser le secteur de la santé en France. Le Président français, Emmanuel Macron, a reconnu personnellement les « insuffisances » dans le domaine, évoquant ainsi « une crise dans le secteur de la santé ».
Mais, ce secteur n’est pas le seul à subir une crise. Le gouvernement va promulguer une loi qui va permettre de recruter du personnel étranger avec la création d’un « titre de séjour dans les métiers à tension ».
Selon les données de la Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (Dares), 7 métiers sur 10 étaient sous tension en 2021. D’après l’organisme, la France manque, entre autres, de techniciens en mécanique, d'ingénieurs en bâtiment, mais aussi en informatique, de couvreurs, d'infirmiers ou d'agents dans le secteur de l’énergie renouvelable.
Cette loi va permettre de recruter des personnels parmi des candidats étrangers en facilitant leur obtention de visas.
Et pourtant, d’autres secteurs, comme la restauration, bataillent pour faire reconnaître qu'ils doivent aussi faire partie des métiers à tension.
Depuis des mois, le chef Thierry Marx, président du principal syndicat patronal de l'hôtellerie-restauration, fait le tour des plateaux télé en évoquant « un manque de 200 000 personnes dans le secteur de la restauration » et souhaite l’intégration de son secteur dans les « métiers à tension ».
- Refus du gouvernement
Mais, le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille et a décidé de sanctionner plutôt les chômeurs. Selon une enquête publiée le 7 décembre dernier par l’Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Unedic), organisme chargé de verser l’allocation de chômage, « 49 % des Français considèrent que la plupart des chômeurs sont responsables de leur situation » tandis que « 60 % des Français estiment que si les chômeurs ne trouvent pas d’emploi, c’est parce qu’ils ne font pas de concession dans leurs recherches (60 %) et qu’ils ne veulent pas risquer de perdre leur allocation chômage (57 %) ». De même, ils sont 49 % à affirmer que « la plupart des chômeurs ne cherchent pas vraiment à retrouver un emploi ». Pour 52 % d’entre eux, « les chômeurs sont des fainéants, profiteurs, assistés, fraudeurs ».
Ainsi, dans un climat de suspicion total à l’égard des sans-emplois, le gouvernement veut profiter pour réformer l’assurance chômage en durcissant les conditions d’accès. Par exemple, la loi, qui va entrer par décret au 1er février 2023, va faire baisser de 25 % le montant de l’allocation quand le taux de chômage va descendre sous les 9 % dans la région du chômeur.
- "La haine envers les étrangers"
Mais, un autre phénomène de plus en plus généralisé en France empêche également le recours à de la main d’œuvre qualifiée.
Il s’agit en l’occurrence de la montée de « la haine envers les étrangers » alimentée par une classe politique populiste aussi bien à droite qu’à l’extrême droite
Selon ce populisme, les étrangers « volent le travail des Français ». Certains ne s’empêchent pas de dire en même temps « qu’ils ne travaillent pas et profitent des aides ». Les partisans de cette ligne dure envers les immigrés les prenant pour responsables de tous les « maux » de la France représentent désormais plus de 50 % de la population française.
Tous les sondages récoltent toujours plus de 75 % d’avis défavorables sur les questions sociétales envers les étrangers.
De ce fait, comme dans le cas des chômeurs, « l’étranger » est une proie facile pour le gouvernement qui, malgré ses besoins en main d’œuvre », préfère plutôt mettre en avant sa politique de durcissement sur l’immigration et des obligations de quitter le territoire français (OQTF) que de parler du manque de personnel.
Pour la droite, il s’agit « d’une régularisation massive des sans-papiers » qui va faire « un appel d’air pour des futurs candidats à l’exode ».
Même si le gouvernement actuel revient sur les pas de l’ancien président français Nicolas Sarkozy qui défendait une politique « de l’immigration choisie », la montée de l’extrême droite en France qui pourrait un jour arriver au pouvoir le pousse à être beaucoup moins courageux sur une politique qui pourrait combler le manque de personnel en France.