Bilal Müftüoğlu
04 Janvier 2017•Mise à jour: 04 Janvier 2017
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La justice française a accepté mercredi de reporter le procès de Teodorin Obiang, fils du président équato-guinéen Teodoro Obiang, accusé d'avoir bâti frauduleusement un vaste patrimoine en France estimé à quelques centaines de millions d'euros.
Le procès baptisé "L'affaire des biens mal acquis" aura finalement lieu entre le 19 juin et le 6 juillet à la demande de la défense de Teodorin Obiang alors qu'il devait se tenir du 2 au 12 janvier, a annoncé le tribunal correctionnel de Paris.
Examinant la demande, le tribunal a reconnu que la défense d'Obiang avait eu droit à un délai trop court - huit semaines - pour préparer l'audience. Emmanuel Marsigny, Thierry Marembert et Sergio Abeso Tomo, trois avocats d'Obiang, présents à l'audience de lundi à la place de ce dernier, avaient immédiatement demandé le report du procès, estimant que le délai ne leur permettait pas de préparer "effectivement" sa défense.
William Bourdon, avocat de Transparency International et président de Sherpa, deux associations à l'origine de la plainte visant Obiang, a fait part de son opposition à la décision du tribunal, dénonçant à l'issue de l'audience de mercredi, une "manœuvre dilatoire".
Obiang, accusé d'"infractions de blanchiment, de détournement de fonds publics, d’abus de biens sociaux, d’abus de confiance et de corruption", aurait notamment bâti en France, entre 2007 et 2011, "soit directement, soit par l'intermédiaire de prête-noms ou de sociétés écrans" un patrimoine mobilier et immobilier qui comprend, entre autres, un immeuble sur l'avenue Foch à Paris, estimé à 107 millions d'euros et plusieurs voitures de luxe et de sport, selon l'ordonnance des juges du Tribunal correctionnel émise le 5 septembre.
L'affaire d'Obiang est le premier procès sur les biens mal acquis d'un homme politique étranger en France, avait tenu à souligner William Bourdon, au moment du renvoi en correctionnelle du fils du président équato-guinéen au mois de septembre dernier.
"C'est le résultat d'une traque judiciaire finalement assez brève qu'aucun des nombreux recours n'a ni ralentie, ni empêchée (...) Il y a beaucoup de scepticisme, beaucoup d'obstacles, c'est compliqué. Le mur de l'impunité semble éternel s'agissant de ceux qui pillent l'Afrique consciencieusement alors qu'ils sont censés incarner l'intérêt général qu'ils ne cessent de meurtrir. De ce point de vue, une nouvelle page s'ouvre et, par ailleurs, on pense aux chapitres qui nécessairement vont s'accélérer, comme ceux qui concernent la famille Sassou Nguesso et celle d'Omar Bongo", avait-il alors estimé.
Obiang avait déjà demandé par le biais de ses avocats l'annulation de sa mise en examen, invoquant une immunité diplomatique en tant que fils d'un chef d'Etat étranger. La Cour de cassation avait rejeté cette demande le 15 décembre 2015, estimant que les accusations portées à l'encontre d'Obiang sont "détachables de l'exercice des fonctions étatiques protégées par la coutume internationale".