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France-Afrique : Macron défend une « refondation » des relations postcoloniales

- Emmanuel Macron défend, dans un documentaire diffusé par l’Assemblée nationale, la « refondation » des relations France-Afrique engagée depuis 2017, sur fond de retraits militaires et de recompositions diplomatiques

Serap Doğansoy  | 30.01.2026 - Mıse À Jour : 31.01.2026
France-Afrique : Macron défend une « refondation » des relations postcoloniales

Istanbul

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

Le président français Emmanuel Macron affirme avoir voulu « reconstruire » la relation entre la France et l’Afrique depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, dans un documentaire intitulé France-Afrique, le divorce ?, diffusé par sur la chaîne parlementaire, politique et citoyenne, LCP de l’Assemblée nationale. Il y défend une rupture avec les logiques héritées de la période postcoloniale et revendique une refondation des liens franco-africains.

- Une refondation des liens franco-africains après des réalités historiques

Se présentant comme le premier président français né après la colonisation, Emmanuel Macron souligne que « les trois quarts » de la population africaine n’ont, selon lui, pas connu cette période. Il explique vouloir sortir d’une relation fondée sur le passé, tout en appelant à en reconnaître les réalités historiques, sans s’inscrire dans une démarche de repentance.

Le chef de l’État rappelle avoir progressivement mis un terme aux systèmes qualifiés de postcoloniaux, affirmant assumer ce choix malgré des incompréhensions. Il rejette l’idée d’un recul de la France en Afrique, estimant que certaines critiques traduisent une attente d’ingérences ou de rapports de force que Paris n’entend plus exercer.

- Macron dénonce un « néocolonialisme » russe après le retrait français du Sahel

Dans le documentaire, Emmanuel Macron affirme que le retrait français de plusieurs pays africains, en particulier au Sahel, s’est accompagné d’un rapprochement de certains régimes militaires avec la Russie. Il cite notamment le Mali, où les autorités issues du coup d’État ont, selon lui, fait appel à Moscou pour combler un « vide sécuritaire » après la rupture de la coopération avec la France.

Selon Emmanuel Macron, cette orientation est le symptôme de systèmes politiques nationaux « défaillants », incapables d’apporter eux-mêmes des réponses durables aux enjeux de sécurité. Il estime que ce choix fait peser des risques sur les populations civiles, qu’il désigne comme les premières victimes de cette situation.

Le président français qualifie par ailleurs la stratégie russe de « néocolonialisme », affirmant que l’aide sécuritaire fournie, notamment par le biais du groupe Wagner, ne s’inscrit pas dans une logique de coopération ou de développement. Il soutient que ces dispositifs visent avant tout à garantir la protection des dirigeants en place, en contrepartie d’un accès à des ressources minières, d’un contrôle de systèmes d’information et d’une influence durable sur les États concernés.

- La France se retire lorsque les cadres de coopération sont rompus

Emmanuel Macron oppose cette approche à celle de la France, affirmant que Paris n’entend plus intervenir pour soutenir ou renverser des régimes, ni s’engager dans des rapports de force hérités du passé colonial. Il indique que lorsque les cadres de coopération sont rompus par les autorités locales, la France en « prend acte » et se retire.

Dans le documentaire, il cite le Bénin comme un exemple de relation bilatérale « stabilisée » entre la France et un pays africain, qu’il présente comme emblématique de la politique de refondation qu’il dit vouloir mener depuis 2017.

Il souligne que les relations entre Paris et Cotonou se sont maintenues dans un cadre de coopération institutionnelle, contrairement à ce qui a été observé dans plusieurs pays de la région sahélienne. Selon le chef de l’État, ce partenariat repose sur un dialogue politique continu et sur une coopération assumée, notamment en matière de sécurité, dans un contexte régional marqué par la progression des groupes armés.

- Ruptures africaines : les causes du divorce avec la France

Depuis 2022, plusieurs pays africains, principalement au Sahel, ont rompu leurs accords de coopération militaire et diplomatique avec la France, entraînant le retrait progressif des forces françaises présentes sur le continent depuis les indépendances. Cette évolution marque une perte d’influence majeure de Paris en Afrique.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger reprochent à la France une atteinte à leur souveraineté, une ingérence politique et l’inefficacité de sa stratégie sécuritaire face aux groupes armés, malgré des années de présence militaire. Les bases françaises sont de plus en plus perçues comme des symboles d’un héritage néocolonial.

Ces ruptures s’inscrivent dans un contexte de montée du souverainisme, de rejet des institutions jugées inféodées à l’ancien colonisateur, comme la Francophonie ou la CEDEAO, et de volonté affichée de diversifier les partenariats internationaux, notamment avec la Russie.

La dynamique dépasse désormais le Sahel. Le Tchad a mis fin à son accord de défense avec la France, tandis que le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont engagé un retrait des forces étrangères, illustrant une reconfiguration plus large des relations entre l’Afrique et Paris sur fond de défiance accrue envers l’Occident.

- Le Bénin comme un exemple de coopération africaine maintenue avec Paris

Emmanuel Macron revient également sur certaines polémiques liées à ses déclarations passées, évoquant des propos tenus dans un cadre qu’il décrit comme informel et « fraternels » avec le président béninois. Il affirme que ces échanges n’ont pas affecté la relation bilatérale et n’ont pas donné lieu, selon lui, à des tensions diplomatiques avec les autorités de Cotonou.

Le président français distingue ainsi le Bénin des pays ayant rompu leur coopération avec la France à la suite de coups d’État militaires. Il explique que, lorsque le cadre de coopération est maintenu par les autorités locales, la France poursuit son engagement, tandis qu’elle se retire lorsque ce cadre est remis en cause.

À travers cet exemple, Emmanuel Macron présente le Bénin comme une illustration de la relation que Paris entend privilégier avec les États africains volontaires : une coopération fondée sur la reconnaissance du passé, sans interventionnisme, et orientée vers des partenariats qu’il qualifie de décomplexés et tournés vers l’avenir.

À la fin du XIXᵉ siècle, la colonisation française en Afrique s’inscrit dans une quête de prestige national après la défaite de 1870 et dans une logique de rivalités économiques et stratégiques avec les autres puissances européennes. Portée par la IIIᵉ République, elle est justifiée par le discours de la « mission civilisatrice », présenté comme une extension des idéaux républicains, tout en reposant sur des intérêts commerciaux et une vision hiérarchisée des peuples alors largement partagée.

Ce système est progressivement remis en cause après la Seconde Guerre mondiale : à partir des années 1950-1960, la montée des mouvements nationalistes et, dans certains cas, les conflits armés conduisent à un vaste processus de décolonisation, marqué par des indépendances négociées ou violentes, notamment en Afrique subsaharienne et en Algérie, qui mettent fin à l’empire colonial français tout en laissant des relations politiques, économiques et militaires durables avec les anciens territoires colonisés.

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