AA / Paris / Bilge Saltuğ
L’Europe a été particulièrement marquée par la montée de l’extrême droite en 2017.
Dans de nombreux pays européens, les partis politiques d’extrême droite ont en effet considérablement gagné en popularité et en nombre de voix lors des élections. Certains ont même accédé au pouvoir.
Selon de récentes analyses, cette montée est essentiellement basée sur des politiques populistes nourris de discours anti-immigration et anti-Union européenne.
On évoque pourtant l’universalisation des valeurs occidentales, favorisées, d’une part, par les valeurs instaurées pendant le siècle des Lumières (XVIIIe Siècle), la révolution française (déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789) et, d’autre part, par la constitution de l’Union Européenne.
Sur ces bases, l’Europe est devenue le lieu de la promotion des valeurs universelles, telles que la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité, etc.
Cependant, l’approche populiste de l’extrême droite tend à mettre en place l’uniformisation dans la société en éliminant les différences, perçues comme des menaces.
Ces manœuvres populistes ne sont pas sans effets sur les Européens. En témoignent les résultats issus des urnes.
- Des chiffres révélateurs
En Autriche, le FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche), parti d’extrême droite fondé par des ex-Nazi avec ses visions anti-immigration et anti-Islam (le fondement du nationalisme en Europe) a fait son retour dans le nouveau gouvernement avec six ministères dont celui de l’Intérieur, s’illustrant surtout par une position anti-musulmane et xénophobe.
Malgré cela, aucune réaction de la part des pays européens n’a été constatée.
D’après le journal le Monde, en France, Marine Le Pen a obtenu un score inédit dans l’histoire du FN (Front National) lors de l’élection présidentielle. Avec 7,6 millions de voix (21,30%) elle est arrivée en seconde place juste derrière Emmanuel Macron au premier tour. Elle a obtenu, par la suite, 33.90% des voix au second tour.
Aux Pays-Bas, le PVV (Parti pour la liberté), parti politique islamophobe et euro-sceptique, dans les élections législatives de mars 2017, a enregistré son plus grand succès depuis sa création en 2006, en gagnant 5 sièges supplémentaires (20 siège avec 13% des voix obtenues), d'après les médias locaux. Ce parti est devenu la deuxième force du Parlement.
Même constat en Allemagne, où le parti politique anti-islam et anti-migrants, AfD (l’Alternative pour l’Allemagne), a obtenu 12,6 % des voix, dans les élections législatives du 24 septembre 2017, soit une hausse de 7,9 points par rapport au précédent scrutin de 2013, rapporte le journal allemand Der Spiegel.
Marine le Pen a félicité l’AfD en voyant ce score comme «un nouveau symbole du réveil des peuples européens».
La montée de l’extrême droite ne se limite pas seulement à l’Europe de l’Ouest.
En Italie, Bulgarie (Patriotes Unis, le parti nationaliste extrême droite ayant un discours ferme contre les minorités turques et la Turquie ont décroché deux ministères au gouvernement), Grèce et Suède, les partis politiques d’extrême droite, ayant une approche nationaliste, défenseur de la «race blanche», anti-immigrés, sont entrés dans le gouvernement ou augmenté, en nombre, leur influence dans la société.
Les politiques des partis d’extrême droite sont caractérisées par le populisme.
Leur base commune est la critique de la démocratie libérale, la défense de l’identité nationale contre la population immigrée et la souveraineté contre les instances européennes avec un discours anti-immigration et anti-Union européenne, nationalisme, sécurité, peur de l’Islam, etc
- Discours populiste favorisant l’exclusion
Tous ces partis politiques se nourrissent de la peur du terrorisme (perçue souvent comme étant en lien avec l’immigration) et de la perte des valeurs nationales dans la société.
Sur le terrain, ces politiques entraînent les pratiques de stigmatisation et d’exclusion d’une partie de la population, souvent celle issue du milieu migratoire.
En réalité, les actes fanatiques contre les Musulmans, avec les discours d’extrême droite (même si les partis politiques ne soutiennent pas directement le fanatisme), préparent malheureusement le terrain pour faire gagner la légitimité de leurs actes aux yeux de la société.
Les attaques fanatiques contre les musulmans autour de l’idée de la «menace à l’identité et aux valeurs nationales» sont, sans doute, le produit de la perception du «danger musulman» qui est de plus en plus renforcée en public. Les discours d’extrême droite et les actes fanatiques entraînant l’exclusion de l’«autre».
Pour l’extrême droite populiste, «les exclus de l’intérieur» sont des immigrés notamment des musulmans d’un point de vue politique qu’économique.
En Suède, par exemple, d’après l’article publiée le 29 janvier sur slate.fr, le taux de chômage des Suédois nés à l’étranger est de 22% tandis que celui des Suédois nés en Suède est de 4%.
Selon le même article, les chercheurs constatent que la personne ayant un nom à consonance arabe et nord-africaine a deux fois moins de chances d’obtenir un entretien.
Quant à la France, elle est également la mauvaise élève en la matière. Les résultats publiés du testing réalisé en 2016 par le cabinet ISM CORUM-Dares, pour le compte du ministère du Travail confirme l’inégalité sociale dans l’accès aux emplois.
Selon les résultats, dans les postes d’employés et ceux de managers, la candidature hexagonale a deux fois plus de réponse positive par rapport à la candidature maghrébine.
20,7 % des immigrés hors UE sont au chômage contre 9,1 % pour les Français nés en France d’après les statistiques de l’INSEE (2004). Des grandes écoles, symbole de l’élitisme social, sont toujours fermées aux enfants issus de milieux populaires dont ceux des immigrés inclus.
L’Europe devient ainsi de plus en plus une scène d’exclusions.
La structure sociale et la structure politique étant deux faces du même miroir, nourrissent l’isolement du milieu d’origine immigrée et deviennent un instrument que les partis politiques n’hésitent pas à utiliser pour atteindre leur objectifs électoraux.
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