Enes Kaplan,Nur Asena GÜLSOY
05 Janvier 2018•Mise à jour: 06 Janvier 2018
AA – Ankara – Nur Gülsoy
La Turquie et le peuple turc sont fatigués du processus d'adhésion à l'Union européenne (UE), a déclaré le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan.
Le chef de l'État turc a effectué une visite à Paris, vendredi, à l'invitation de son homologue français, Emmanuel Macron.
Lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue français, Erdogan a abordé la candidature de son pays à l'UE.
«Les relations entre la Turquie et l'UE ont débuté il y a 63 ans, a-t-il déclaré. La Turquie attend depuis 54 ans. Ce processus nous fatigue. Peut-être que cela nous incitera à prendre une décision. Car nous n'allons pas leur demander indéfiniment de nous admettre en fin de compte ».
Le président a reproché à l'UE de ne pas pouvoir expliquer les raisons de cette longue attente, et de ne pas avoir déployé assez d'efforts concernant la crise migratoire.
«Nous avons dépensé jusqu'à maintenant 30 milliards de dollars pour les Syriens que nous avons accueillis, a-t-il fait savoir. L'UE avait fait une promesse mais elle ne l'a pas tenue. Elle n'a fourni que 900 millions d'euros jusqu'à maintenant. Malgré tout cela, nous ne cesserons pas d'accueillir et d'aider ces gens », a-t-il souligné.
Erdogan a indiqué avoir discuté, avec Macron, des divers aspects de la situation au Moyen-Orient, dont notamment la lutte antiterroriste, la Syrie, l'Irak et la Palestine.
Pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme, le dirigeant turc a affirmé que la lutte contre Daech se poursuivrait.
Erdogan a surtout tenu à rappeler que le PYD et le YPG étaient les branches de l'organisation terroriste PKK, et que les amis de la Turquie devaient également les affronter.
«Certains de nos amis croient lutter contre Daech en coopérant avec le YPG et le PYD, a-t-il poursuivi. Or, en procédant ainsi, ils ouvrent de nouvelles voies à Daech. Notre dialogue avec la France continuera avec détermination, surtout dans la question syrienne ».
Interrogé par un journaliste français s'il « regrettait d'avoir fourni des armes en Syrie », Erdogan a répliqué: « Qui est-ce qui a envoyé des armes en Syrie? Tu as adopté le langage de FETO, là. Ceux qui ont fait cette opération, c'était les procureurs membres de FETO. D'ailleurs, ils sont en prison à présent. Les services de renseignement ont le droit et la compétence de faire des opérations et de transporter des armes chargées dans des camions. Tu me poses la question. Mais pourquoi ne pas t'interroger sur les 4 mille camions d'armes que les États-Unis ont envoyés en Syrie?»
Se félicitant du processus d'Astana sur la Syrie, Erdogan a rappelé que ce processus et le Sommet de Sotchi n'excluaient pas le processus de Genève, et qu'au contraire, ils le complètaient.
«Nous ne permettrons pas la mise en place d'un corridor de terrorisme dans le Nord de la Syrie, a insisté Erdogan. Nous sommes déterminés sur le sujet. Nous ferons le nécessaire si cela se réalise. Nous ne reculerons pas. Les branches du PKK cherchent les voies d'entrer dans la Méditerranée, depuis le Nord de la Syrie.»
Ankara ne veut pas une transition avec Bachar al-Assad en Syrie, a tenu à préciser le chef de l'État turc.
«Notre but est la tenue d'élections démocratiques, conformément à la volonté du peuple syrien, sans al-Assad, a-t-il indiqué. Nous devons contribuer à cela ».
Concernant la lutte contre l'organisation terroriste FETO, Erdogan a insisté sur l'importance de la sensibilité de la France vis-à-vis du sujet.
« FETO s'institutionnalise ici à travers ses bureaux de travail, ses fondations et ses associations, a-t-il fait remarquer. C'est le cas avec le PKK aussi. Le terrorisme ne naît pas comme ça tout seul. Le terrorisme et les terroristes ont des jardiniers. Ces jardiniers sont justement ce qu'on considère les 'intellectuels'. Ils nourrissent ces idées à travers leurs journaux. Et puis on a de nouveaux terroristes. Nous avons payé le prix de cela avec plus de 35 mille martyrs. J'espère que la France ne paiera pas un tel tribut ».
Se félicitant également des relations économiques turco-françaises, le président turc a annoncé l'objectif de porter le volume commercial bilatéral à vingt milliards d'euros.
« Nous avons signé un accord avec l'EUROSAM [ pour le développement d'un système antimissile,ndlr], c'est une démarche très importante, a-t-il conclu. Il s'agit d'un accord tripartite qui comprend l'Italie aussi, également membre de l'OTAN. Désormais, il faut se mettre au travail et passer à la production ».