AA / Ramallah (Territoires palestiniens) / Awadh Rajoub – Mohamed Majed
Les avis des observateurs et des analystes politiques ont été divergents face au maintien du président du Mouvement de la Résistance islamique (Hamas), Ismael Haniyeh, et de son second, Slah Arouri, à leurs postes au sein de la formation, ainsi que concernant le retour de Khaled Mechaal dans la direction.
Certains parmi ces observateurs ont estimé qu’il s’agit d’un résultat naturel d’élections « transparentes », tandis que d’autres l’ont lié à la tentative du Mouvement à préserver ses alliances régionales avec l’Iran ainsi qu’à améliorer ses relations avec l’axe hostile à Téhéran, et qui est conduit par l’Arabie Saoudite.
Le Mouvement Hamas avait annoncé, lundi, que Haniyeh et son second ont été réélus aux postes de président et de vice-président pour un nouveau mandat qui se poursuivra jusqu’à 2025.
Hamas avait élu Khaled Mechaal en tant que président du département extérieur du Hamas en avril dernier, en succession à Maher Salah, et Arouri au poste de président du département de la Cisjordanie en juillet, parallèlement à son occupation du poste de vice-président, ainsi que Yahya Sinouar au poste de président du département de la Bande de Gaza en mars.
Hamas procède à des élections internes tous les 4 ans dans des conditions extrêmement discrètes, pour des considérations sécuritaires liées au fait qu’Israel pourchasse ses éléments.
Talel Okel, analyste politique, estime que le Conseil de la Choura du Hamas a pris en considération dans l'élection de Haniyeh et Arouri aux commandes du Mouvement, les bonnes relations qu'ils entretiennent avec l'Iran et l'Egypte.
Dans une déclaration faite à l'Agence Anadolu (AA), Okel a souligné que Hamas est soucieux de garder une relation solide avec l'Iran, au vu du soutien apporté par Téhéran à la résistance, et compte tenu de ses relations mauvaises avec l'Arabie Saoudite.
Et l'analyste de poursuivre : « Hamas a le droit de préserver cette relation avec l'Iran, considéré comme étant un élément fondamental dans l'axe de la Résistance et Hamas ne renie point le soutien iranien ».
Il a poursuivi en indiquant que « la Direction du Hamas a réussi à établir des relations équilibrées avec l'Egypte et l'Iran au cours de la période écoulée, ce qui explique le fait que Haniyeh a gardé son poste, en tant que président du Bureau politique, et que Arouri a été maintenu au poste de vice-président, après une expérience réussie, durant les quatre dernières années ».
Selon la chaîne de télévision libanaise « al-Mayadin », Haniyeh entamera son deuxième mandat en tant que président du Bureau politique du Mouvement, par une visite dans la capitale iranienne Téhéran, ce qui n'a pas été confirmé par Hamas.
Au sujet du retour de Khaled Mechaal à la direction du Mouvement en sa qualité de président du département extérieur (hors-Palestine), Hani Habib, analyste politique, relève que « cela n'est pas le fruit du hasard mais en raison de sa capacité et de sa compétence ainsi que de ses bonnes relations entretenues avec toutes les parties pour être le plus apte à mettre en œuvre la politique du Mouvement consistant à s'ouvrir sur tous les pays ».
Dans une interview accordée à AA, Habib a ajouté que Mechaal dispose de bonnes relations avec l’ensemble des pays, y compris l'Arabie Saoudite, que Hamas s’emploie à améliorer ses relations avec elle ».
« Hamas s’impacte par la situation régionale et internationale et la direction du Mouvement s’emploie dans sa politique avec les parties régionales, à assurer un équilibre entre les différents axes, afin d'être plus influent et moins impacté par les positions des autres parties et de ne pas prendre parti avec un axe au détriment d'un autre, dans la mesure du possible », a-t-il encore affirmé.
Au mois de juillet dernier, Mechaal a, après avoir pris les commandes du Mouvement à l'étranger, accordé une interview télévisée à la chaîne saoudienne « al-Arabiya », au cours de laquelle il a appelé Riyad à « ouvrir les portes » de la relation avec son Mouvement.
Selon des informations palestiniennes, les relations entre l'Arabie Saoudite et Hamas sont « au plus bas » après l'annonce par le Mouvement palestinien de la « séquestration » de l’un de ses dirigeants ainsi que de nombre d'autres palestiniens.
Abondant dans le même sens, Souleiman Bisharat, Directeur du « Centre Yabous pour les Études », basé à Ramallah, a indiqué que « la réélection de Haniyeh pour un deuxième mandat est lié à la tentative du Mouvement de préserver des relations équilibrées en termes de fourniture de soutien et de financement de la part de l'Iran et en termes d'acceptabilité auprès du Caire ».
Ainsi, ajoute Bishara, « Hamas s'emploie à préserver cet équilibre, à la lumière des antagonismes politiques et tente d’évoluer au milieu de sables mouvants ».
Notre interlocuteur estime que « le principal changement dans les résultats des élections consiste à l'adhésion du président du Bureau politique auparavant à la composition de la direction politique en présidant le département extérieur du mouvement ».
Bien que Mechaal n’ait jamais été absent du cadre organisationnel et de l’élaboration de la décision au sein du mouvement, Bisharat estime que « son retour révèle plusieurs indices ».
Il a précisé, à ce propos, que « Hamas accorde une importance capitale au concept de l'ouverture et à l'édification de relations extérieures », considérant que Mechaal fait partie des « personnalités connues pour leur capacité à assurer cet équilibre et à ouvrir des brèches sur plusieurs axes ».
Mechaal avait occupé le poste de président du Mouvement Hamas, de 1996 à 2017, date à laquelle l'actuel président du Mouvement lui a succédé.
Bisharat a ajouté que « le résultat des élections internes reflète la prise de conscience par le Mouvement quant à l'importance des relations extérieures et de leur impact, en particulier, sur la scène arabe et régionale, qui pourrait être harmonieuse avec la réalité internationale ».
Quant à la réélection de Sinouar au poste de président du Mouvement dans la Bande de Gaza, Bisharat estime que « c'est l'homme qui est parvenu à assurer et à gérer le rythme de l'affrontement avec Israël, conformément à une vision plus globale et plus claire, ce qui s'est illustré de manière franche au cours de la récente confrontation militaire au mois de mai écoulé ».
« A travers la réélection d’un dirigeant issu de la Cisjordanie, en la personne de Salah Arouri, au poste de vice-président du Mouvement et de dirigeant du Hamas en Cisjordanie, Hamas s'emploie à se montrer, à nouveau, comme étant un Mouvement de résistance capable de préserver son leadership politique dans tous les domaines », a-t-il souligné.
-- Aucun indice révélateur
Pour sa part, le journaliste Mustapha Sawaf contredit ses prédécesseurs, en estimant qu'aucun indice ne se révèle de la réélection des dirigeants du Mouvement Hamas.
Dans une déclaration faite à AA, Sawaf estime que « ce qui s'est passé l'a été de manière consultative et avec une grande transparence ».
« Tous les membres du Comité exécutif (Bureau politique) étaient candidats à ce qu'ils occupent le poste de président du Bureau politique ou du Comité exécutif’, a-t-il indiqué.
« Des élections ont eu lieu et les urnes ont abouti à ce que Haniyeh soit président du Hamas, que Mechaal s'occupe de l'extérieur et Arouri de la Cisjordanie », a-t-il ajouté.
« L'opportunité a été accordée à Haniyeh comme cela était prévisible afin qu'il parachève le projet qu'il avait entamé », a-t-il relevé.
S'agissant de l'élection de Mechaal à la direction du Mouvement à l'étranger, le journaliste précise que Khaled Mechaal possède « une vision claire et pertinente quant à la relation avec l'étranger et il est le mieux outillé pour organiser la relation avec le monde ».
De son côté, le journaliste Nawaf Amer estime que le « principal changement généré par les élections du Mouvement consiste à intégrer de nouveaux noms dans les instances et les bureaux à l'étranger en Cisjordanie, contrairement au passé ».
Le Mouvement Hamas « s'emploie à créer une sorte d'équilibre entre ces différentes positions en tentant d’être un Mouvement qui dispose d'une présence et d'une meilleure acceptation à l'étranger », a-t-il estimé.
Hamas accorde une grande importance à la scène étrangère, dans la mesure où les Palestiniens de la diaspora sont nombreux.
Amer estime qu’une durée de quatre ans demeure insuffisante pour toute direction afin de parachever ses programmes, en particulier, lorsqu'il s'agit d'un Mouvement de résistance.
Le maintien de certaines personnalités, en particulier Sinouar, prouve la force d'influence du Mouvement et de la résistance dans la Bande de Gaza, d'autant plus que Sinouar a une dimension militaire et dispose d'une popularité certaine » », a-t-il conclu.
* Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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