Wassim Samih Seifeddine
12 Août 2021•Mise à jour: 12 Août 2021
AA / Beyrouth
Le Président libanais, Michel Aoun a convoqué le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salameh, ce jeudi, après la décision prise par ce dernier, dans la soirée d’hier, de lever les subventions sur les carburants vendus localement.
L'Agence nationale de presse a déclaré que "le Président de la République, le général Michel Aoun, a convoqué ce matin le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salameh, après sa décision, prise dans la nuit, de lever les subventions sur le carburant", sans fournir de plus amples détails concernant la réunion, et ce, à un moment où les manifestations se sont intensifiées dans les rues libanaises contre la décision de lever les subventions.
Plusieurs manifestants ont bloqué les routes, ce jeudi, dans plus d'un quartier, et en particulier à l'entrée sud de la capitale, Beyrouth, où des centaines de voitures ont été bloquées sur la route, en signe de protestation contre la décision du gouverneur de la Banque centrale.
En outre, la cellule de contrôle de la circulation (police) a signalé que le trafic a été coupé sur la route Dahr el-Ain et sur l'autoroute Beddawi dans le nord du Liban, dans les deux sens.
Les manifestants ont également bloqué la route reliant Kafr Rumman à Nabatiyeh (sud du Liban) avec des voitures, des obstacles métalliques et des pierres, et ont empêché les voitures d'entrer dans la ville, pour protester contre la détérioration des conditions économiques.
Dans ce contexte, l'agence de presse libanaise a signalé une fréquentation sans précédent dans les stations-service dans de nombreuses régions du pays, où des centaines de véhicules faisaient la queue dans de longues files d'attente pour remplir les réservoirs.
Le chef du Mouvement patriotique libre, Gebran Bassil, a écrit dans un tweet : "Lorsque la carte de financement était presque achevée et le gouvernement presque formé, le gouverneur a décidé de faire sauter le pays."
Bassil, qui est le gendre du Président de la République, a ajouté que "Salameh est le gouverneur de la Banque centrale, pas le gouverneur du pays, pour qu’il décide à lui seul de lever brutalement les subventions !... Le Président Aoun, le gouvernement Diab et le peuple doivent empêcher la mise en œuvre du complot".
La Banque du Liban a annoncé, au soir du mercredi, qu'elle avait complètement cessé de subventionner l'importation de carburant (essence et diesel), et a déclaré, dans un communiqué, qu'à partir de ce jeudi, elle garantirait les fonds nécessaires pour importer des carburants selon le prix du marché en dollars.
Selon une étude réalisée par une entreprise privée libanaise, la levée des subventions engendrera une augmentation significative des prix des carburants. Le prix d'un bidon d'essence (20 litres) passerait alors de 75 000 livres (soit 49,6 dollars selon le prix officiel) à 336 000 livres (soit 222,5 dollars).
Sachant que le salaire minimum au Liban est de 675 000 livres libanaises (soit 447 dollars).
La Banque du Liban subventionnait l'importation des carburants en sécurisant le dollar aux importateurs selon un taux de change de 3 900 livres, à une époque où le taux de change du dollar sur le marché parallèle dépassait 20 000 livres.
Cependant, la baisse des réserves de change auprès de la Banque du Liban à la suite d'une grave crise économique, qui perdure depuis la fin 2019, a provoqué le tarissement des fonds alloués à cet effet.
*Traduit de l’arabe par Mounir Bennour