Lassaad Ben Ahmed
12 Novembre 2017•Mise à jour: 12 Novembre 2017
AA/Bujumbura/Jean Bosco
Au lendemain de la décision prise par la Cour pénale internationale (CPI) autorisant des enquêtes sur des possibles crimes contre l’humanité commis au Burundi, les présidents ougandais Yoweri Museveni et son homologue tanzanien John Magufuli, se sont vivement opposés à cette mesure, a appris Anadolu d’un communiqué de la présidence tanzanienne publié samedi soir.
«Cette décision compromet les efforts déployés par la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), qui a mis en place un comité chargé d'aider à la résolution du conflit burundais, sous la direction du président Yoweri Museveni et de l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa », a déclaré dans le communiqué Gerson Musigwa, chef de protocole à la présidence tanzanienne.
«La situation au Burundi n'est pas aussi mauvaise qu'elle a été décrite, car de nombreux réfugiés burundais en Tanzanie sont déjà rentrés chez eux, tandis que d'autres continuent de rentrer», a fait remarquer le président tanzanien.
Le communiqué précise, par ailleurs, que même le président ougandais Yoweri Museveni s’est opposé à cette décision.
«La décision de la CPI qui se mêle des affaires de la Communauté d'Afrique de l'Est sans associer ses dirigeants, ce qui compromet les efforts visant à restaurer la paix au Burundi », lit-on dans le même communiqué.
Cette déclaration a été donnée suite à une rencontre entre les deux chefs d’Etats à l’Ouest de l’Ouganda.
En 2015, la Communauté d’Afrique de l’Est avait désigné Museveni, actuel président en exercice de cette organisation, comme médiateur dans la crise burundaise.
Depuis lors, il a été initié à Arusha au nord de la Tanzanie un dialogue entre différents protagonistes dans la crise burundaise.
Mais plus de deux ans après, ce dialogue mené aussi sous l’égide de l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, facilitateur désigné par la CAE, peine à se concrétiser. Bujumbura a toujours refusé de dialoguer avec ses opposants radicaux accusés de déstabiliser les institutions.
La Communauté des états d’Afrique de l’st regroupe six pays à savoir la Tanzanie, l'Ouganda, le Kenya, le Rwanda, le Burundi et le Soudan du Sud.
Jeudi, la Cour pénale internationale a déclaré avoir autorisé le Procureur «à ouvrir une enquête sur des crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis au Burundi ou par des ressortissants burundais à l'extérieur de leur pays depuis le 26 avril 2015 et jusqu'au 26 octobre 2017».
Une décision toutefois jugée "illégale" par Bujumbura.
"La CPI, corrompue, vient de se tirer encore une balle dans le pied. La tricherie saute aux yeux. Sans doute que le Burundi sortira vainqueur de cette bataille, c’est la dernière carte de l’Occident", a notamment déclaré via twitter, Willy Nyamitwe, Conseiller en communication du président Pierre Nkurunziza.
Le Burundi est devenu un État partie à la CPI en décembre 2004. Et le 27 octobre 2017, il est devenu le premier État membre à se retirer officiellement de cette Cour.