Serap Doğansoy
12 Mai 2026•Mise à jour: 12 Mai 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le ministre français du Travail Jean-Pierre Farandou a affirmé ce mardi vouloir « mettre la pression » sur la Suisse afin qu’elle applique la future réforme européenne de l’assurance chômage des travailleurs frontaliers.
Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre a estimé que le système actuel coûtait « 860 millions d’euros par an » à la France.
La réforme européenne prévoit que les allocations chômage soient désormais versées par le pays où le salarié travaillait, et non plus par son pays de résidence.
Le texte, soutenu par 21 États membres de l’Union européenne le 29 avril, doit encore être validé par le Parlement européen.
« Il y a quand même des accords qui lient la Suisse à l’Union européenne », a déclaré Jean-Pierre Farandou, estimant que Bruxelles comme Paris exerceraient une pression sur Berne pour obtenir son adhésion au nouveau dispositif.
Le ministre a indiqué qu’un « planning » était déjà « en place » avec le Luxembourg, deuxième pays d’emploi des travailleurs frontaliers français après la Suisse.
Actuellement, un frontalier français travaillant en Suisse cotise au système helvétique mais est indemnisé par la France en cas de chômage, la Suisse ne remboursant qu’une partie limitée des prestations versées.
Selon les données de l’assurance chômage française, environ 27 500 allocataires indemnisés en France ont auparavant travaillé en Suisse, contre 8 800 au Luxembourg.
Le Secrétariat d’État à l’économie suisse (SECO) estime que la réforme pourrait entraîner entre 600 et 900 millions de francs suisses de coûts supplémentaires pour Berne.
La Suisse considère toutefois que toute modification du règlement européen devra faire l’objet d’un accord explicite de sa part, le texte étant lié aux accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes conclus avec l’Union européenne.
Les discussions autour de cette réforme ont débuté en 2016 dans le cadre d’une révision du règlement européen 883/2004 relatif à la coordination des systèmes de sécurité sociale.
Paris milite depuis plusieurs années pour une modification des règles applicables aux travailleurs frontaliers, jugeant le mécanisme actuel financièrement déséquilibré au détriment de l’Unédic, l’organisme chargé de l’assurance chômage en France.