AA/Ankara
Suite à l’annonce par l’Arabie Saoudite du décès de Jamal Khashoggi, au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul (Nord-Ouest), les gouvernements, les institutions et leaders internationaux, sceptiques face aux déclarations de Riyad, ont estimé qu’il y avait « un besoin urgent de clarification » sur les circonstances de la mort « inacceptable » du journaliste.
Riyad a annoncé samedi dernier, que le journaliste saoudien a trouvé la mort suite à une rixe qui aurait mal tournée au sein du consulat à Istanbul.
Néanmoins, les déclarations saoudiennes ne convainquent pas la communauté internationale.
Qu’ils s’agissent des gouvernements, de leaders internationaux, d’institutions internationales ou d’organisations des droits de l’Homme, tous ont invité les autorités saoudiennes à mener une enquête « objective et transparente ».
- Déclaration conjointe de l’Angleterre, l’Allemagne et la France
Le ministre britannique, Jeremy Hunt, ainsi que ses homologues allemand, Heiko Maas et français, Jean-Yves Le Drian ont fait, dimanche, une déclaration conjointe.
« Rien ne peut justifier ce meurtre et nous le condamnons avec la plus grande fermeté (...) Il reste toutefois urgent de clarifier ce qu’il s’est passé exactement le 2 octobre - au-delà des hypothèses qui ont été soulevées jusqu’à présent dans le cadre de l’enquête saoudienne, et qui doivent être étayées par des faits pour être considérées comme crédibles », ont conjointement affirmé les ministres.
- L’Allemagne suspend ses ventes d’armes à Riyad
La chancelière allemande, Angela Merkel, ainsi que le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, ont fermement déploré l’incident exigeant des éclaircissements à propos des circonstances du décès du journaliste.
« Nous attendons de la part de l’Arabie Saoudite la transparence sur les circonstances de la mort et ses raisons de fond », ont-ils affirmé.
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères a affirmé l’impossibilité de poursuivre l’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite tant que l’enquête se poursuivra et que les circonstances n’auront pas été éclaircies.
Une position partagée par la chancelière allemande qui a affirmé, dimanche, que les ventes d’armes ne peuvent se poursuivre dans les circonstances actuelles.
- Le monde, sceptique face à Riyad
Dominic Raab, secrétaire d'État britannique à la Sortie de l'Union européenne, a affirmé que les déclarations de Riyad au sujet de la mort du journaliste Khashoggi manquent de crédibilité.
Dans un message publié sur le site officiel du ministère néozélandais des Affaires étrangères, le ministre néozélandais des Affaires étrangères, Winston Peters a, au nom du gouvernement néozélandais et du ministre néozélandais de la Croissance commerciale et de l’exportation, David Parker, affirmé que « le meurtre commis par les responsables de l’État est dérangeant. Les représentants de la Nouvelle Zélande ne participeront pas à la Future Investment Initiative, prévue mardi prochain dans la ville de Riyad en Arabie saoudite ».
Le Premier ministre australien Scott Morrison a affirmé condamner « le meurtre de Khashoggi. Nous attendons de la part du gouvernement saoudien une totale coopération avec les autorités turques dans l’enquête concernant le meurtre de Khashoggi ».
De son côté, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a condamné le meurtre du journaliste saoudien affirmant que « les déclarations faites jusqu’à présent sur le meurtre du journaliste Khashoggi sont dépourvues de cohérence et de crédibilité ».
Le gouvernement espagnol a souligné la nécessité pour les responsables du meurtre de Khashoggi de rendre des comptes devant la justice et ce, à l’issue d’une enquête détaillée et transparente.
Le premier ministre hollandais, Mark Rutte, a confié qu’il reste encore de nombreuses interrogations au sujet de l’incident et que « les vérités doivent être percées à jour ».
Dans une déclaration, le ministère français des Affaires étrangères a affirmé que « la confirmation de la mort de M. Jamal Khashoggi est un premier pas vers l’établissement de la vérité. De nombreuses questions restent toutefois sans réponse ».
Soulignant l’insuffisance de la déclaration de Riyad, le premier ministre danois, Lars Lökke Rasmussen, a signalé la nécessité d’approfondir l’enquête au sujet de l’incident.
Si le président américain, Donald Trump, a considéré que la déclaration de l’Arabie Saoudite au sujet de la « mort de Khashoggi » est « crédible », il a néanmoins affirmé qu’il ne sera pas entièrement satisfait tant qu’ils n’auront pas eu toutes les réponses.
Enfin, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le président américain Trump se sont entendus quant à la nécessité d’apporter la vérité sur les circonstances du décès de Khashoggi.
- L’union européenne et l’organisation des Nations Unies exigent une enquête « approfondie, crédible et transparente »
Le secrétaire général de l’organisation des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres, a lui aussi souligné la nécessité « d'une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort ».
Dans un communiqué concernant l’affaire Khashoggi, la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, a souligné l’inquiétude provoquée par la violation de la convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires.
« L’enquête approfondie, fiable et transparente sur le meurtre de Khashoggi doit se poursuivre, et les responsables doivent être traduits en justice », a-t-elle partagé.
Le président du Parlement européen Antonio Tajani a quant à lui indiqué qu’ « une enquête internationale rigoureuse est nécessaire d'urgence pour examiner les preuves et faire la lumière sur les circonstances de la mort de Jamal Khashoggi ».
Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, a souligné la nécessité de maintenir une pression déterminée, constante et puissante sur l'Arabie saoudite, afin de faire toute la vérité sur l'affaire.
Enfin, Amnesty internationale a considéré qu’une enquête indépendante « sera la seule garantie contre ce qui apparaît de plus en plus comme une dissimulation saoudienne des circonstances de l'assassinat de Khashoggi ».
- La Turquie déterminée à faire la lumière sur cette affaire
Par ailleurs, le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, s’est entretenu à deux reprises avec le roi saoudien, Salmane ben Abdelaziz.
Dans son discours prononcé dimanche, le président turc a mis en exergue, leur détermination quant à l’éclaircissement des faits.
« Je me prononcerai sur l'Affaire Khashoggi lors de mon discours, mardi prochain, devant le bloc parlementaire, où je donnerai des détails, car nous recherchons la justice. Pourquoi 15 personnes sont venues ici, pourquoi 18 personnes ont été arrêtées ? Tout cela doit être expliqué dans les moindres détails. J’expliquerai tout cela mardi. »
Enfin, le porte-parole du parti, Omer Celik, a déclaré que la Turquie fera tout pour que la lumière soit faite sur les faits ajoutant que le pays mène, en plus d’une enquête indépendante, une enquête en coordination avec les autorités saoudiennes.
- En attente d’une déclaration des autorités saoudiennes
Le ministre saoudien de la justice, Walid bin Mohammed al-Samani, a affirmé que « l’enquête prendra du temps et il est difficile de déterminer quand elle prendra fin. Nous attendons que le parquet termine son enquête ».
Dimanche, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, interrogé sur la chaîne américaine Fox News depuis Riyad, a déclaré que le prince saoudien Mohammed bin Salmane ignorait le décès du journaliste au sein du bâtiment consulaire à Istanbul.
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