AA/ Yaoundé/ Anne Mireille Nzouankeu
Alors que la demande mondiale augmente, la production du café en Afrique baisse. La production du Continent en la matière est passée de 30%, il y a 25 ans à uniquement 12% de la production mondiale aujourd’hui.
Au Cameroun, la production du café commercialisée au cours de la campagne 2012-2013 était d’environ 18 000 tonnes « C’est une grosse baisse comparée aux presque 30 000 tonnes de la campagne précédente. Le Café camerounais est très apprécié sur le marché mondial mais la production baisse de façon tendancielle depuis une vingtaine d’années », a indiqué à Anadolu Omer Maledy, secrétaire exécutif du Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café (CICC), une association camerounaise de droit privé à but non-lucratif qui regroupe les organisations professionnelles de l’agriculture, du commerce, de l’industrie et des services des filières cacao et café.
Cette baisse généralisée de la production se remarque aussi à l’échelle continentale « L’Afrique produit 12 % du café mondial, c’est peu. Il y a 25 ans, nous produisions environ 30 % du café mondial. Pourtant, la consommation mondiale augmente d’environ 2,2 % par an, ce qui veut dire que la demande aussi augmente », ajoute Maledy, récemment rencontré à Yaoundé, lors de la clôture du festival de promotion du café camerounais dénommé « Festicoffee 2014 ».
Les raisons de cette baisse de la production du café en Afrique sont nombreuses. « Il y a par exemple un défaut de suivi des planteurs. Après la libéralisation du secteur en Afrique, ces 20 dernières années, presque tous les gouvernements ont abandonné les producteurs qui n’ont plus eu de soutien pour acheter les intrants », explique Frederick Kawuma, secrétaire général de l’Organisation Interafricaine du Café (OIAC), également rencontré à Yaoundé au Festicoffee 2014.
« Il y a également un gros problème de régénération. Les arbres sont vieux ce qui fait baisser la production. Pourtant la recherche a été conduite dans beaucoup de pays et nous avons désormais de nouvelles variétés de plants qui produisent plus », ajoute Frederick Kawuma de l’OIAC, une organisation intergouvernementale basée en Côte d’Ivoire et regroupant 25 pays africains producteurs de café. « A un moment, le marché africain a subi le choc de la crise, les prix ont chuté. Malheureusement, les politiques n’étaient pas suffisamment développées pour soutenir et stabiliser les prix au niveau du paysan. Les paysans se sont découragés et il y a eu baisse de la production », ajoute Anselme Gouthon, le président de l’Agence des cafés Robusta d’Afrique et de Madagascar (ACRAM), lui aussi rencontré à Yaoundé.
Consommer ce qu’on produit
Il est possible de relancer la filière café en Afrique « à condition de se remettre à la production », affirme Maledy du CICC. Le secrétaire exécutif du CICC explique que l’Afrique est l’espoir pour la relance de la filière et a le potentiel qu’il faut pour ce faire, notamment pour la production du café robusta car « les grands producteurs de café ne peuvent plus étendre leurs plantations ». En effet, le Brésil premier producteur mondial doit protéger l’Amazonie, donc il ne peut étendre ses superficies. Le Vietnam qui est deuxième producteur a de gros problèmes de disponibilité des terres. Le troisième producteur mondial qui est l’Indonésie est un ensemble de plus de 14 000 îles. « Avec le réchauffement climatique beaucoup d’îles disparaitront. La seule partie du monde où cette expansion est encore possible c’est le bassin du Congo dans lequel le Cameroun est leader », révèle Omer Maledy.
Le Conseil interprofessionnel du cacao et du café qui regroupe près de 150 organisations paysannes s’est engagé à consacrer 10% de son budget annuel à un « Programme d’urgence pour la relance ciblée de la caféiculture » pendant les six prochaines années. Cette relance se fera dans les bassins de production du Moungo dans le Littoral, du Noun à l’Ouest et du Haut-Nyong, à l’Est Cameroun. Le programme compte concrètement créer et réhabiliter 3600 hectares de caféiers chaque année. Avec une production prévisionnelle d’une tonne à l’hectare, le programme espère obtenir 3600 tonnes de café marchand chaque année. Cette quantité viendra s’ajouter à la production traditionnelle.
En plus d’augmenter la production, les chercheurs et experts d’une dizaine de pays africains réunis à Yaoundé pour le Festicoffee 2014 sont tous d’accord qu’il faut aussi augmenter la consommation locale en café pour relancer la filière. «Il faut que nous consommions suffisamment le café que nous produisons pour qu’en cas de choc économique, notre consommation puisse quand même stabiliser la production », dit Anselme Gouthon de l’ACRAM. «Nous devons être capable de consommer une bonne partie de ce que nous produisons avant de chercher à l’exporter vers d’autres marchés. Si les plus grands consommateurs se trouvent en Italie par exemple, il serait difficile de transformer le café en produit fini au Cameroun pour le vendre en Italie. Mais dès que nous maitrisons la consommation locale, nous pouvons facilement développer l’exportation », ajoute-t-il.
Le café africain se consomme en grande partie en Europe. Pour ce quiest du café camerounais réputé pour son goût et son arome, l’Italie et l’Allemagne étaient les plus gros acheteurs en 2013. Festicoffee 2014 a été conjointement organisé par le CICC et l’ACRAM.