AA/ Antananarivo/ Alain Iloiniaina
Alors que le marché de l’emploi et la recherche d’un travail décent à Madagascar préoccupent travailleurs et syndicats, le gouvernement, propose de timides mesures pour sortir de l'impasse en attendant d'appliquer de véritables réformes conseillées par le FMI.
Avoir un emploi décent n’est pas aisé sur la Grande île, qui vient de sortir d’une crise politique de cinq ans (2009-2013).
Joint par Anadolu, Juliot Rakotomaharavo, secrétaire général adjoint de la Solidarité des syndicats des fonctionnaires révolutionnaires malgaches (FISEMARE), soulignent que «la majorité des rémunérations bien trop faibles permettent aux travailleurs de survivre plutôt que de vivre. »
Le taux de chômage global à Madagascar est estimé à 3,8% en 2012, date des dernières statistiques officielles. Ce chiffre semble relativement faible, mais la population malgache souffre plutôt de sous-emploi, que de chômage, selon des experts économiques.
«Aujourd'hui, le salaire minimum mensuel est de 133 000 ariary [environ 47,5 dollars], alors que depuis 2000, nous réclamons que ce salaire minimum soit à 200 000 ariary [autour de 71,5 dollars] pour permettre aux travailleurs d'avoir une vie décente », explique la secrétaire, ajoutant qu' "il manque par ailleurs du travail décent pour presque 7 actifs occupés sur 10".
La précarité de l'emploi ne se limite pas aux conditions salariales uniquement. "Maintenant, on assiste à une sorte d'esclavage moderne", tempête pour sa part José Randrianasolo, coordonateur général de la Conférence des travailleurs malgaches (CTM) rencontré par Anadolu.
Le gouvernement reconnaît d’ailleurs les mauvaises conditions des travailleurs malgaches qui ont, par conséquent, du mal à garder leur emploi.
"Il existe beaucoup de cas de recours aux travailleurs mineurs. Les mesures relatives à la protection sociale ne sont pas respectées", avait récemment concédé Jean de Dieu Maharante, ministre de la Fonction publique, du travail et des lois sociales à la presse.
"Certains travaillent dans des endroits sans aération, avec des odeurs nauséabondes", avait-il décrit, avant de déplorer l'attitude de la famille des travailleurs dans certains cas afin de garder les emplois existants.
"Parfois, ce sont les parents des employés des entreprises qui ne respectent pas la loi qui nous demandent de ne pas les sanctionner sévèrement pour ne pas arriver à une situation de perte d'emplois", regrette-t-il.
Pour la Banque Mondiale "BM", ce sont "les troubles politiques combinés à une série de chocs exogènes défavorables qui ont conduit à une baisse de l’emploi formel".
"Nombre d’entreprises ont fait faillite ou se sont réfugiées dans le secteur informel", analyse le "Recueil de notes de politique pour Madagascar en 2014", précisant que près de 100 000 emplois se sont volatilisés à cause de la crise politique de 2009.
"Dans un contexte politique incertain, certains investissements ont été freinés par le gel de la délivrance de nouveaux permis miniers. Ainsi, le secteur a gelé près de 13 000 emplois formels", ajoute la BM.
Aujourd’hui, les syndicalistes malgaches réclament des mesures pour garder les emplois existants et pour atteindre les qualités d'un travail décent.
" Les travailleurs apprécient évoluer dans des conditions décentes, alors qu'on ne leur donne qu'un salaire de misère. (...) Nous réclamons aussi que le nouveau code de prévoyance sociale soit adopté. Il est prêt depuis 2010, mais il n'est toujours pas adopté", revendique Juliot Rakotomaharavo.
Le gouvernement assure pour sa part, vouloir améliorer les conditions des travailleurs mais ne propose encore que de de timides mesures.
"Nous allons faire ce que nous pouvons. Nous allons par exemple augmenter les allocations par enfant. Nous allons travailler pour que le nouveau code de prévoyance sociale soit adopté", a promis Jean De Dieu Maharante.
Abondant dans le même sens, il a par ailleurs certifié sans préciser de date: "Nous allons bientôt signer une convention avec l'Organisation internationale du travail (OIT) sur cette problématique du travail décent. Cela montre la volonté du gouvernement de promouvoir le travail décent."
En janvier dernier, le Fonds monétaire international (FMI) avait qualifié ,dans un communiqué, Madagascar de «l'un des pays les plus pauvres du monde, avec un environnement fragile en raison de l'instabilité politique, de la faiblesse des institutions et de la gouvernance qui avaient érodé la base, indispensable pour une croissance économique solide.»
Dans le même temps, le fonds avait indiqué que le «gouvernement qui a assumé le pouvoir au début de 2014, à la suite d’élections constitutionnelles, a montré un engagement pour relever les défis de Madagascar vers la croissance et le développement.» et a donc appelé à «une accélération des réformes économiques et structurelles pour libérer le grand potentiel de Madagascar ».
"Une mise en œuvre résolue de ces réformes fera la promotion de l'emploi et la croissance du secteur privé et réduira la pauvreté" conclut le document.