AA/Madagascar/iloniaina alain Rakotondravony
Pour capitaliser la biodiversité de Madagascar, le gouvernement malgache se lance dans un projet de révision de sa politique forestière dans le but de protection et de valorisation de l’un des joyaux de la Grande île.
« Nous devons améliorer la gouvernance forestière à Madagascar pour qu’elle apporte sa contribution au développement économique et social du pays » a confié Anthelme Ramparany, ministre de l’Environnement, de l’écologie et des forêts à Anadolu. «Nous devons élaborer une nouvelle politique et une nouvelle loi pour y arriver», a-t-il ajouté
Le gouvernement a sollicité l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour l’appuyer dans cette initiative de recadrage de la politique environnementale. « Il faut adopter une véritable politique forestière. C’est ce que nous sommes en train de faire avec la FAO en finançant cet important projet. Il faut réguler l’exploitation forestière pour que celle-ci devienne un véritable moteur de développement», a expliqué Anthelme Ramparany.
Pendant deux ans, la FAO va travailler avec le gouvernement sur le projet qu’elle finance à hauteur de 366 millions de dollars. Les deux parties collaborent, entre autres, pour élaborer un code forestier et réviser les directives stratégiques de la politique forestière nationale. « A l’issue de ce projet, une proposition de refonte complète et cohérente des textes réglementaires ainsi qu’un projet de révision de la politique forestière nationale seront remis au Ministère de l’Environnement, de l’écologie et des forêts », souligne un communiqué de la FAO du 15 mai.
Et pour cause « Madagascar est l'un des hotspots de biodiversité, abrite 250.000 espèces végétales et animales dont plus de 80% sont endémiques», reconnaît le Fonds mondial pour la nature (WWF). « L’île et ses forêts tropicales humides (à l’Est du pays) et sèches, épineuses (au Sud et à l’Ouest) sont sans aucun doute l’un des endroits les plus riches de la planète en termes de biodiversité », affirme-t-il, en citant, par exemple les 50 espèces de lémurs, les sept espèces de baobabs des forêts sèches ou encore les 294 espèces d’oiseaux dont 107 endémiques.
Si le pays cherche à préserver ses richesses par une refonte de ses politiques forestières c’est pour donner un coup de fouet au tourisme. Un secteur « qui mérite notre attention » affirme le président de la République Hery Rajaonarimampianina dans son allocution au cours de son investiture le 19 janvier à Antananarivo. « Il est aujourd’hui vital de protéger ce joyau de la nature [biodiversité] en proposant une protection de la biodiversité et des aires protégées basée sur le développement humain, l’éducation et la promotion d’un tourisme plus responsable », soutient la Fondation pour les aires protégées et la biodiversité à Madagascar , une fondation privée reconnue d’utilité publique, sur son site internet.
La forêt à Madagascar couvre 10% de sa superficie totale estimée à 592 000 km². « Nous disposons de 12 millions d’ha de forêt dont neuf millions d’ha de forêt naturelle. Six millions d’ha, sur les neuf recensés constituent des aires protégées », déclare à Anadolu Andry Andriamanga, coordinateur national de l’Association Voahary Gasy (AVG), plateforme des associations et organisation de société civile œuvrant pour l’environnement.
Le membre de la société civile alerte, cependant, contre le début du phénomène de déforestation « à partir des années 50 » même s’il est en régression. Entre 1995 et 2000, le taux de déforestation est de 0,8%. Ce taux connaît une baisse et est estimé à 0,5% pour les cinq années suivantes. Entre 2005 et 2010, le taux de déforestation est de 0,4% », avance Andry Andriamanga.
En effet, le forêt malgache fait toujours l’objet de pression socio-économique. « Le défrichement est l'une des principales causes de la dégradation des ressources forestières. Autorisé, il atteint en moyenne 350.000 ha/an», évalue la FAO sur son site internet. Il s’agit d’un chiffre qui pourrait être revu à la hausse, faute d’établissement d’un état exhaustif. « Les feux de brousse contribuent à accélérer le phénomène d'érosion et à limiter les initiatives de reboisement (...)[et] atteignent en moyenne 650.000 ha/an », assure-t-elle.
Ces dernières années, le trafic de bois de rose, un des 43 espèces du genre Dalbergia, met à mal les forêts dans une réserve de biosphère et dans des aires protégées dans le Nord-Est de l’île. Celles-ci sont désormais classées dans la liste du patrimoine mondial en péril de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).
L’initiative gouvernementale constitue, donc, une remise à plat d’une situation floue dans un domaine sensible, née d’une politique forestière datant de 1997. « Les axes stratégiques de la législation forestière à Madagascar et les dispositions juridiques actuels doivent être redressés pour s’adapter au contexte malgache actuel », constate le communiqué de la FAO.
Andry Andriamanga évoque aussi des failles dans les textes régissant la forêt. « Ceux-ci sont obsolètes et présentent beaucoup d’incohérences, voire des contradictions. Tout cela rend difficile leur application et ouvre une fenêtre aux gens malintentionnés », soutient-il à Anadolu.
Le coordinateur national de l’AGV, lui, prône le « décloisonnement de la gestion de la forêt ». « Il faut que celle-ci cesse d’être l’apanage des forestiers. En tant que capital humain, il faut que la question de la forêt soit réfléchie par plusieurs secteurs dont le ministère de l’Environnement, le tourisme ou encore les forces de l’ordre », conclut-il.