AA/ Ouagadougou/Lougri Dimtalba
Ancrés dans leurs terres et leur culture de serviteurs de la terre, des agriculteurs burkinabé réalisent un rêve de l'ancien président thomas Sankara: ils labourent des terres autrefois bien avares et fertilisent des domaines jadis stériles. Ils vont plus loin malgrè la modestie des moyens, impressionnant observateurs locaux et internationaux, à la fois.
Leur devise: labeur et persévérance.
Au Burkina Faso, pays sahélien où l’agriculture est la principale activité, les agriculteurs, réunis au sein de l’Association interzones pour le développement en milieu rural (AIDMR) se forment dans un centre aux techniques de production et de récupération des terres avec les moyens "naturels" .
A Beta, village situé à 65 km de Ouagadougou, la capitale burkinabè, se trouve un véritable laboratoire de vulgarisation des techniques et méthodes culturales adaptées aux réalités africaines. Reconnu officiellement en 2002, le centre forme des animateurs qui servent de relais aux côtés de leurs paires dans les villages. Plus de 200.000 paysans répartis dans 47 villages ont bénéficié des retombées du centre.
Pour le coordonnateur du centre, Ablacé Compaoré, l’objectif principal consiste à changer les mentalités des agriculteurs, compte tenu des changements climatiques. «Aujourd’hui il faut noter que la plupart des agriculteurs sont perturbés. Ils s’attendent toujours à des produits étrangers qu’ils ne maitrisent pas. Ces produits ont des conséquences néfastes sur l’environnement », indique-t-il.
L'agriculture écologique est la solution. Telle est sa conviction: « Nous voulons à travers ce centre démontrer aux agriculteurs que la nature est tellement forte que nos sols devraient être fertilisés par les produits de la nature. »
Dans le même ordre d'idées, il fait observer que l’agriculture basée sur l’agro-écologie est une chaine de production qui obéit à des normes, à savoir le respect de la nature et la proscription des produits chimiques qui dit-il sont dangereux pour l’environnement.
« Le paysan agro-écolo est celui qui pratique de l’élevage contrôlé. Il utilise le fumier des animaux pour produire ses céréales. Les tiges de ces céréales sont utilisé pour nourrir ses animaux ; bref : le paysan doit être autonome », relève-t-il.
Depuis sa création, le centre s’est lancé dans la recherche de nouvelles techniques de récupération des terres arides ou lessivées. Des milliers de paysans sont formés à la fabrication du compos et à son utilisation.
L’une des innovations phares du centre est le « Compos aréobique ». C’est du compos qui se monte en tas dans une fosse profonde de 20 cm. Ce qui permet de déclencher la vie microbienne du sol, une fois arrosé.
Pour l’obtenir, « nous utilisons le fumier, de la matière végétale et de la cendre comme réactif. Ensuite, on couvre le tout avec de la paille. Tous les 15 jours l’agriculteur retourne et mélange avec de l’eau. Quand le compos aura 60 jours, il sera prêt pour être utilisé », explique le coordonnateur du centre.
Ce compos selon le coordonnateur est la matière première permettant aux terres usées une certaine récupération.
« On creuse d’abord des trous d’une profondeur de 20 centimètres et 40 centimètres de diamètre chacun, dans lesquels on met une bonne poignée de compos. On referme légèrement avec de la terre arable extraite du trou. La terre de la profondeur du trou est servi comme une petite calle qui bloque l’eau », précise M. Compaoré.
En suivant cette démarche, ajoute-t-il, tous les 40 cm on a des aménagements similaires qui se relient sous le sol. Et déclenchant cette vie microbienne dans le sol, au bout de trois ans, la terre devient fertile.
Grâce aux soutiens multiformes, le centre travaille aussi à récupérer les semences traditionnelles utilisées il y a des siècles, mais qui se font rares par les temps qui courent. « Ce sont des semences qui ont des histoires. Si des agriculteurs ont besoin de ses semences, nous les leur remettons en les valorisant », dit M. Compaoré
Pays sahélien d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso tire l’essentiel de ses revenus du secteur de l’agriculture qui emploie plus de 80% des 17 millions d’habitants du pays. Néanmoins ce secteur reste confronté à d’énormes difficultés, notamment le manque de formation des agriculteurs, les aléas climatiques et l’utilisation des moyens archaïques de production.
« Les paysans doivent être formés à partir d'exemples concrets. Ils ont besoin de voir avant de croire. Voilà pourquoi nous suivons avec eux le processus jusqu’au résultat final », renchérit M. Ouédraogo.
Ces nouvelles techniques du centre inspirées des périodes révolutionnaires du Burkina Faso des années 1983 où l’heure était à la valorisation des savoirs locaux des paysans afin de booster la productivité, lui ont donné une certaine notoriété.
En plus des animateurs locaux, le centre accueille des stagiaires étrangers. Eli Sinayoko, un jeune français, est présent dans le centre il y a environ une semaine.
« Je suis venu étudier l’agro écologie dans le sahel adaptée au pays comme le Burkina Faso et le Mali. Moi je suis français, mais je suis rattaché à l’Afrique. J’aimerais mettre en place un projet agro écologique avec ma famille. J’ai appris la fabrication du compos, et j’ai appris les techniques de conservation de l'eau et d'autres types de cultures. Je suis très impressionné par ce centre », confie le jeune stagiaire.
Le Centre accueille aujourd'hui des stagiaires issus de France, du mali, du Niger et du Benin entre autres.
L'agriculture était l'un des piliers pour sortir le Burkina Faso de la dépendance à l'occident en matière d'alimentation. Pour y arriver, le capitaine Thomas Sankara en avait fait son cheval de bataille. Il prônait ainsi l'exploitation des terres de façon responsable. Pour lui, la fertilisation organique fondée sur les engrais verts et le compostage, fermentation aérobie des déchets d’origine animale et végétale et de certains minéraux non agressifs, demeurent des techniques accessibles aux paysans les plus pauvres qui constituent la majorité des agriculteurs du pays.
Il l'avait exprimé lors d'une tournée dans le Nord-est en Aout 1987.