AA / Tunis / Iman Sahli
«J’ai essayé de présenter un travail contre l’oubli», affirme le journaliste tunisien Adnène Chaouachi en présentant son film-documentaire «Rahil» (Départ), projeté en avant-première, jeudi à Tunis.
«Rahil» (Départ) raconte par des faits et des témoignages la crise politique qui a ébranlé le pays après l’assassinat du député de gauche Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013, et qui a conduit à la chute de la Troïka menée par le mouvement d’obédience islamique Ennahdha, alors au pouvoir.
Le film s’ouvre par une déclaration de Mohamed Brahmi, interviewé par le journaliste-réalisateur Adnène Chaouachi au siège de l’Assemblée Constituante, et qui disait craindre une montée de la violence politique dans le pays. «Nous devons faire attention à la violence politique, nous allons faire face à une nouvelle vague d’agressions», a mis en garde Brahmi, qui fut assassiné trois semaines plus tard devant chez lui, en plein jour, par onze balles.
Brahmi a été assassiné le 25 juillet à l’Ariana (au nord de Tunis) par des individus soupçonnés d’appartenir au groupe «Ansar al-Charia», groupe islamiste salafiste actif en Tunisie, et qui a été classé "organisation terroriste" à la suite de ce deuxième assassinat politique dans le pays après celui d’un autre leader de la gauche tunisienne, Chokri Belaïd, au mois de février 2013.
De vives protestations ont alors éclaté dans tout le pays, et un sit-in de plusieurs semaines a été organisé devant l’Assemblée Constituante pour exiger départ de la Troïka. Face à la persistance de la vague d’indignation et du sit-in encadré par le «Front du Salut» [Alliance de partis et de coalitions de gauche], un dialogue national a été organisé et a conduit à la démission du gouvernement.
Le film documentaire raconte, en 50 minutes, tout cet épisode de l’histoire récente de la Tunisie « afin qu'il ne tombe pas dans l'oubli ». Le réalisateur a tenu à rassembler les témoignages de divers acteurs de la scène politique de l’époque, et à interviewer toutes les sensibilités « pour que la mémoire ne soit pas entachée par les idéologies et les appartenances », a-t-il insisté.
«J’ai donné la parole aux Tunisiens, je ne suis pas intervenu sur le texte, j’ai laissé aux politiques et à la société civile la liberté et la responsabilité d’exprimer leurs opinions», a déclaré le réalisateur à Anadolu au terme de la projection.
Chaouchi a fait appel à une quarantaine de témoignages, principalement des politiques et des acteurs de la société civile de l’époque, appartenant aux deux clans : la Troika au pouvoir : dont Ali Laarayedh (ministre de l’Intérieur, Ennahdha) Samir Dilou et Meherzia Laaabidi (Ennahdha), ainsi que les veuves des deux leaders de gauches assassinés Mbarka Aouainia et Basma Khalfaoui.
Dans une salle pleine de journalistes, et en présence notamment des familles de Brahmi et Belaïd, «Rahil» a ravivé la mémoire des spectateurs en relatant tout simplement les faits, avec neutralité et précision, et en mettant l’accent sur les tiraillements politiques et les scènes de rue, notamment lors du sit-in du «Départ».
«Je voudrais, avec ce travail, que chaque tunisien puisse se rappeler, dans 20 ans, ce qui s’est passé après la Révolution [du 14 janvier 2011 qui a mis fin au régime de Zine al-Abidine Ben Ali]; pour ne pas oublier les gens qui sont morts pour la démocratie», a conclu le réalisateur.
«Rahil» est un film documentaire produit et réalisé par le journaliste Adnène Chaouachi, avec la collaboration du photographe Wael Zarati et des frères Aymen et Hamza Meraïhi pour la musique. Le Syndicat National des Journalistes Tunisiens a contribué à la production.