Nadia Chahed
07 Décembre 2017•Mise à jour: 08 Décembre 2017
AA/Tunis/Slah Grichi
Elle a fait couler beaucoup d'encre et ne manquera sûrement pas d'en faire couler encore. La Cité de la Culture, bien avant de commencer à être construite et alors qu'elle n'était qu'un édifice à l'état de maquette, provoquait déjà du temps de l'ex président Zine El Abidine Ben Ali les réactions les plus controversées; de l'enthousiasme le plus embrasé au déni le plus obtus.
Traitée autant de projet grandiose pour la Tunisie que d'"objet" de propagande qui, de surcroît, remplirait, dans la phase de sa construction, les poches des proches du président de l'époque (l'investissement n'est pourtant pas aussi colossal qu'on pourrait le penser : 125 millions de dinars (environ 50 millions de dollars) pour des structures s'étalant sur plus de huit hectares et demi), elle verra les travaux de son édification démarrer en 2004.
Ils seront interrompus plusieurs fois, les entrepreneurs et leurs "soutiens" découvrant qu'il n'y avait pas de bénéfices substantiels à se mettre sous la dent; le projet et ses exigences étaient trop élevés pour le budget qui lui était réservé.
Ben Ali qui rêvait d'inaugurer "sa" Cité le 7 novembre le plus proche possible, rongera son frein, mais ne manquera pas de rappeler à chaque fois où le contexte s'y prêtera, l'importance de cette cité et le rayonnement qu'elle conférerait à la Tunisie.
Pour préparer l'événement et son cheminement, il "débauchera" un académicien au CV long à n'en plus finir, professeur visiteur à la Sorbonne, directeur coup sur coup des Instituts supérieurs de Sousse puis de Tunis, doublé d'un artiste luthiste, pour diriger l'unité de gestion par objectifs de la Cité, en attendant de lui confier la totalité de cette dernière quand serait complètement prête. Nous avons nommé Mohamed Zinelabidine, l'actuel ministre des Affaires culturelles.
Après le 14 janvier et parce que les urgences étaient ailleurs et le besoin (peut être la nécessité) d'abattre -pour s'imposer- tout ce qui rappelait Ben Ali impératif, la Cité de la Culture a été oubliée, sinon marginalisée. Un ministre de la Culture, pourtant homme du domaine, la traitera même de bâtiment stalinien à "complètement transformer ou détruire". Le pays n'en avait pas les moyens...
Les travaux effectifs et planifiés allaient reprendre en 2016. Ininterrompus depuis, il est prévu qu'ils prennent fin le 28 février prochain et, ironie du hasard, c'est celui qui devait chapeauter cette Cité, qui en est devenu le premier responsable en tant que ministre.
Aussi est-ce dans la logique des choses qu'il tienne, aujourd'hui, des réunions quasi-quotidiennes pour la préparation logistique de l'inauguration-ouverture qui aura lieu le 20 mars prochain et qu'on veut proportionnelle au prestige du projet.
La Tunisie a "enfin" sa cité de la Culture
Elle a fait couler beaucoup d'encre et ne manquera sûrement pas d'en faire couler encore. La Cité de la Culture, bien avant de commencer à être construite et alors qu'elle n'était qu'un édifice à l'état de maquette, provoquait déjà du temps de l'ex président Zine El Abidine Ben Ali les réactions les plus controversées; de l'enthousiasme le plus embrasé au déni le plus obtus.
07.12.2017 Nacer Talel
1 / 12
/p>
Et si l'on tait encore le spectacle qui annoncera le démarrage de ce projet inégalé dans l'histoire de la Tunisie de la culture, on nous assure qu'il sera de dimension internationale. D'ailleurs, il n'y aura pas qu'une seule ouverture, mais plusieurs dans tous les domaines des arts qui se succéderont jusqu'à la fin 2018.
Quoi qu'il en soit, la Cité de la Culture est actuellement à plus de 80% prête. Ne manquent que la finition et l'équipement des théâtres et nous pouvons affirmer qu'elle aura fière allure.
L'Unité de gestion par objectifs, dirigée par Mohamed Hédi Jouini, a anticipé les choses en multipliant, depuis mars dernier, rencontres et stages de formation (techniciens, médiateurs culturels...) et en mettant l'accent sur le pôle artistique qui intégrera les troupes référentielles du ministère, à savoir l'Orchestre symphonique dirigé par Hafedh Makni, la Troupe nationale de musique de Mohamed Lassoued, le Ballet national chapeauté par Imed Jomâa et la Troupe nationale des arts populaires qui renaître de ses cendres. Sur un autre plan, la même unité travaille d'arrache-pied sur le volet cinématographique avec la paire Hichem Ben Ammar - Mohamed Challouf, sur le Musée d'art moderne et contemporain dont la supervision a été confiée à Sami Ben Ameur et sur l'Orchestre de l'Opéra confié à Rachid Koubâa .
On ne peut passer sous silence l'ambition de cette Cité de la Culture, qui donnera refuge de prestige à des manifestations phares comme les Journées cinématographiques et théâtrales de Carthage, de promouvoir des arts peu visités en Tunisie, comme l'opéra, l'opérette, la comédie musicale etc.
Ainsi conçu et ainsi présenté, le projet ne peut qu'atteindre ses objectifs et être attractif pour la coopération et l'investissement intra muros et étrangers. De toute façon, l'Etat ne peut assumer seul les énormes charges d'une telle Cité unique dans son environnement méditerranéen, arabe et africain.