AA/Lagos (Nigéria)/ Rafiu Ajakaye
Des soldats nigérians ont été accusés d’avoir abattu, durant la nuit de mercredi à jeudi, dix-huit civils placés en détention dans la même ville, Potiskum, où des troupes nigérianes ont été accusées d’avoir tiré sur une procession chiite marquant la fête musulmane annuelle d’Achourah.
« Ils [soldats nigérians] ont arrêtés treize personnes innocentes en prenant d’assaut mercredi, au petit matin, leurs maisons situées dans une zone résidentielle proche du marché central» a rapporté, vendredi, à l’Agence Anadolu (AA), le chef du Mouvement Islamique du Nigéria dans la région, Mallam Mustapha Potiskum.
«Puis au coucher du soleil, [les soldats] se sont rendus ailleurs, non loin de leur premier lieu d’exaction, et ont emporté cinq autres personnes. Cette nuit-là, toutes ces personnes en détention ont été tuées et leurs cadavres emmenés à l’hôpital. Les soldats ont affirmé avoir capturé des membres du groupe extrémiste Boko Haram, mais ce n’est pas vrai» a accusé Mallam Mustapha Potiskum.
«Ils veulent donner l’impression que des membres de Boko Haram nous ont attaqué, mais ce n’est pas vrai. Nous avons compris que cela était un subterfuge pour éviter une enquête» a affirmé Potiskum.
Le chef islamique a, par ailleurs, indiqué que les soldats avaient également ordonné que les marchés, les abattoirs et les marchés de bovins soient fermés dans la ville.
Un autre habitant de la ville, Yushau Mailafia, a confirmé l’attaque de mercredi.
«Il s’agissait de personnes innocentes, arrêtées dans leurs propres maisons. Les cinq derniers habitants enlevés venaient juste d'achever leur prière du Maghrib [coucher du soleil]. Maintenant, ils sont tous morts, leurs corps criblés de balles. C’était injustifié et diabolique» a déploré Mailafia.
Le porte-parole de l’armée nigériane, Olajide Laleye, n’a pas souhaité répondre aux questions, envoyées dans un message texte, de l’Agence Anadolu (AA) sur l’incident.
Ces accusations des habitants de Potiskum contre l’armée nigériane interviennent peu de temps après la fusillade et l’attentat à la bombe, lundi, contre une procession de musulmans chiites durant la fête d’Achourah, qui avait fait vingt-neuf morts. Des soldats avaient été accusés d’avoir ouvert le feu sur la procession.
L’armée nigériane ne s’est toujours pas exprimée concernant cette tragédie qui survient plus de deux mois après la mort de trente-cinq membres du Mouvement Islamique Chiite (MIC) lors d’une la marche pro-Palestine à Zaria, commune du nord-ouest du pays.
Les chiites du Nigéria avaient alors accusé l’armée des violences perpétrées dans le nord-est du Nigéria.
Dans une interview, en septembre avec Anadolu, le porte-parole du MIC et leader des chiites au Nigéria, Abdullah Danladi, avait déclaré que l’armée nigériane échafaudait des plans pour «s’auto-attaquer».
D’après le chef musulman, l’armée provoque des incendies et pose des bombes, puis accuse le MIC de ces actes, stratagème qu’elle utilise également avec le groupe Boko Haram.
L’armée nigériane a fait face, à plusieurs reprises, à des critiques et des accusations de violations des droits de l’Homme, bien que le Nigéria ait toujours été prompt à rejeter ces accusations en les qualifiant de «fausses» ou «d’exagérées».