AA/Cameroun/Anne Mireille Nzouankeu
Depuis deux mois à Yaoundé et Douala, les deux plus grandes villes du Cameroun, les coupures d’électricité sont presque quotidiennes. Ces délestages vont parfois jusqu’à sept jours consécutifs dans les plus petites villes. Une situation qui créé des désagréments à tous les types de consommateurs.
Joël Eyango, tenancier d’une poissonnerie au marché « Mokolo » à Yaoundé a désormais la réputation d’un vendeur de poisson pourri. « J’ai perdu beaucoup de clients qui se plaignent que mon poisson est pourri. Nous avons parfois des coupures d’électricité de 48h. Pendant ce temps, mes congélateurs ne sont pas alimentés et la qualité de mon poisson se détériore», explique Joël Eyango à Anadolu.
Peter Mbu, coiffeur dans un autre quartier de Yaoundé a manqué de peu d’être bastonné. « Un jour je coiffais quelqu’un et l’électricité est partie. Le client s’est retrouvé avec une partie de la tête rasée et l’autre partie ayant des cheveux. Il était énervé et a voulu se défouler en me donnant un coup de poing », se souvient Mbu.
Au quartier Mballa II de Yaoundé, tout le monde ne parle que de ces deux enfants morts dans un incendie la semaine dernière alors que la lumière était coupée. «Les enfants ont allumé une bougie pour s’éclairer et se sont endormis. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais la maison a pris feu et les pompiers ont déclaré que la bougie était à l’origine de cet incendie », explique Brigitte Mebenga Talla, une habitante du quartier Mballa II.
Les anecdotes en rapport avec les coupures d’électricité sont nombreuses. Depuis des années, ces délestages avaient lieu de temps en temps, environ une fois par semaine. Mais depuis deux mois, ils sont devenus plus fréquents, créant le courroux des camerounais.
« Nous ne comprenons pas comment il peut manquer d’énergie hydroélectrique dans un pays comme le Cameroun dans lequel on rencontre des cours d’eau à tous les coins de rue », s’interroge par exemple Murielle Zibi, une tenancière d’un secrétariat informatique public. Elle se plaint également d’avoir vu son chiffre d’affaire baisser de moitié depuis deux mois puisqu’elle ne peut travailler sans électricité.
Le 15 avril dernier, AES Sonel, l’entreprise chargée de produire, transporter et distribuer l’énergie au Cameroun a publié un communiqué de presse pour s’expliquer. « Ces dernières semaines, le service électrique que nous livrons aux clients est hautement perturbé. Nous avons un réseau de pays en développement. Il n’a pas la même souplesse qu’un système mûr et nous impose parfois des contraintes », dit le communiqué. La société accuse les fortes pluies qui font tomber les poteaux électriques ainsi que la vétusté des équipements.
« Des chantiers sont lancés pour remédier à cette situation », dit le communiqué de presse signé par Jean David Bilé, le directeur général de AES Sonel. Parmi ces chantiers, l’entreprise cite « la rénovation de certains disjoncteurs qui datent de près de 10 ans »