Analyse

Paris et la "légalité internationale" sur mesure (Analyse)

Slah Grichi   | 17.06.2020
Paris et la "légalité internationale" sur mesure (Analyse)

Tunis

AA/Tunis

Que des "rappels" -fussent-ils critiques, sans appel, à tort ou à raison- de la suprématie du droit international et du principe de non ingérence dans les affaires internes des pays tiers, viennent de parties ou d'États qui sont eux mêmes respectueux de ces valeurs, est acceptable et se prête au débat. Mais de la France, ils ne sont franchement pas crédibles, pour ne pas dire risibles.

L'Hexagone semble s'être dernièrement focalisé sur l'objectif de mettre la Turquie dans son point de mire. Alternant discours hostiles et rencontres mobilisatrices d'alliances bi et multi-latérales, "cours" de politique internationale et mises en garde qui vont jusqu'aux menaces, il vise l'évident but de déstabiliser Ankara et de l'installer sur un banc d'accusés.

Dimanche dernier, la présidence française condamnait l'intervention turque en Libye, affirmant qu'elle "ne pouvait laisser faire". Jean Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, lui emboîtant le pas lors de sa rencontre avec son homologue grec à Paris, dénonçait dans le même sens, une "violation des résolutions de l'ONU" et s'immiscait pour prendre le parti de la Grèce dans le litige relatif aux forages au large de la Méditerranée qui l'oppose à la Turquie. Le Quai d'Orsay, autant que l'Elysée, ouvrait ainsi la porte à des médias de se déchaîner et de s'emmêler les pinceaux en allant jusqu'à traiter la Turquie d'État voyou.

Au départ, Paris...

Le drame de la Libye, beaucoup de Français l'oublient ou l'occultent, a été planifié, programmé et exécuté en 2011, par l'Elysée qui y a impliqué l'OTAN, sous prétexte de débarrasser ce pays du Colonel Gueddafi, son "dictateur" qu'il avait pourtant, peu de temps auparavant, accuilli en grand chef d'État, lui ouvrant ses jardins pour qu'il y installât son inséparable et ridicule tente.

La destruction massive que le président Sarkozy a entreprise et son acharnement à faire disparaître son hôte privilégié d'hier ont commencé à révéler leurs sulfureux dessous et leurs vils stimulants, à commencer par la disparition des preuves d'un occulte financement à coups de milliards, d'une campagne pour un second tour présidentiel qui n'aura finalement pas abouti. Sans compter les perspectives de juteux contrats pétroliers, gaziers et de reconstruction du pays à conclure avec les successeurs du "tyran". Décidément, le pays de la Déclaration universelle des droits de l'Homme sait quand, comment et où dérouler l'étendard des hautes valeurs, pour camoufler des objectifs d'intérêt purement matériel ou stratégique.

Est-il besoin de rappeler ici les horreurs que l'armée française, supposée instaurer ou maintenir la paix ici et là en Afrique, a permises? Les génocides qu'elle n'a pas empêchés ou auxquels elle a tourné le dos, pour ne pas dire encouragés, pour conforter les scissions, les séparatismes et la vraie paix de s'installer?

Combien de dictateurs la France a-t-elle installés ou soutenus, avant de les lâcher ou les renverser quand ils ont montré des velléités de nationalisme, jugées comme volonté de rébellion. Que de divisions a-t-elle créées et cultivées parmi un même peuple pour mieux l'asservir et davantage le spolier?

Ce n'est un secret pour personne que les conflits et le chaos en Afrique profitent aux puissances étrangères, particulièrement Paris, qui profitent pour des miettes, des richesses naturelles du continent. Jacques Chirac n'a-t-il pas reconnu que sans l'Afrique, l'économie de la France serait amputée de plus du tiers?

Pour en revenir aux griefs relatifs à la Libye et auxquels l'Elysée et le Quai d'Orsay s'accrochent pour attaquer la Turquie, ne disons pas -bien que ce serait légitime- que la France aurait tout intérêt à ne pas se perdre dans des justifications pour légitimer l'aberrant adage du "deux poids, deux mesures", mais rappelons d'Ankara a choisi de soutenir le Gouvernement d'Entente nationale, reconnu par la Communauté internationale, représentée par l'ONU et que ce faisant et tout en étant dans la légalité internationale, elle défend ses intérêts nationaux, ce qu'elle a toujours reconnu et haut clamé.

Slah Grichi: Analyste- Ex-rédacteur en chef de La Presse

*Les opinions exprimées dans cette analyse n'engagent pas l'Agence.








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