Analyse

La propagande et la désinformation du PKK en Europe (Analyse)*

- Il ne fait aucun doute que le PKK est une organisation terroriste, aussi cruelle, violente et criminelle que Daech.

Ekip   | 15.06.2022
La propagande et la désinformation du PKK en Europe (Analyse)*

Istanbul


AA/Istanbul/Par Dr. Valeria Giannotta**

La liste des organisations terroristes reconnues par l'UE a récemment été mise à jour et, une fois de plus, le PKK y figure. Malheureusement, cela ne change rien au fait qu'il existe une bienveillance et une tolérance généralisées dans certains cercles européens envers cette organisation terroriste.


- Listes de terroristes et le deux poids deux mesures

Après le 11 septembre 2001 et suite à la vague d'actes criminels qui a frappé l'Occident, y compris l'Europe, l'UE a adopté diverses mesures antiterroristes, qui s'articulent toutes autour d'une liste d'individus, de groupes et d'entités impliqués dans des actes terroristes et soumis en conséquence à des mesures restrictives. Selon le droit international, le terme "terrorisme" désigne "le recours illicite à la force ou à la violence contre des personnes ou des biens dans le but d'intimider ou de contraindre un gouvernement, la population civile ou toute partie de celle-ci, à des fins politiques ou sociales". Ainsi, dans un souci d'efficacité et de coordination plus stricte entre les Etats membres dans la lutte contre le terrorisme, la liste de l'UE est régulièrement révisée et mise à jour au plus tard tous les six mois.

Le Conseil européen déclare : "Bien que la responsabilité de la lutte contre la criminalité et du maintien de la sécurité incombe en premier lieu aux États membres, les attentats terroristes de ces dernières années ont montré qu'il s'agit d'une responsabilité commune qu'ils doivent assumer ensemble. L'UE contribue à la protection de ses citoyens en agissant en tant que principal forum de coopération et de coordination entre les États membres"[1] Dans ce cadre, une attention particulière a été accordée aux groupes terroristes "djihadistes", qui ont frappé l'Europe de manière dramatique. Ainsi, l'UE s'est "engagée activement à appliquer ses sanctions à Daech et à Al-Qaïda, ainsi qu'aux personnes et entités qui leur sont associées ou qui les soutiennent".

De nombreux efforts ont été investis dans la lutte contre ces groupes. Cependant, parmi les organisations terroristes listées, il y a le PKK, également connu sous les noms de "KADEK" et "KONGRA-GEL" et ses branches, telles que le TAK et le DHKP-C.


- Le PKK est une organisation terroriste qui ressemble beaucoup à Daech.

Le Département d'État américain, à propos du PKK et de ses groupes affiliés, déclare clairement qu'ils sont désignés comme des organisations terroristes étrangères[3]. Il existe un consensus clair et formel sur la nature et le danger de ces acteurs d'un point de vue épistémologique.

Par conséquent, il ne devrait y avoir aucun doute que le PKK est une organisation terroriste, aussi cruelle, violente et criminelle que Daech. Néanmoins, l’opinion publique et la sympathie généralisée semblent aller dans la direction opposée, dans le but de délégitimer non seulement le danger, mais aussi l'application des principes juridiques internationaux, le tout au détriment d'une élaboration cohérente de mesures antiterroristes communes efficaces.


- Certains pays de l'UE soutiennent le PKK

La propagande bienveillante dont jouit le PKK, qui a pourtant mené au fil des ans une campagne sanglante en Türkiye et ailleurs, faisant plus de 60 000 victimes, derrière certaines appellations louant "la paix, la démocratie et la solidarité", diffuse des informations déformées sur ce phénomène. Il s'agit d'une sorte de technique de gaslighting qui s'appuie sur un soutien idéologique bien défini, ainsi que sur un manque évident de connaissance des faits et de l'histoire, et sur une méfiance à l'égard de la Türkiye en tant qu'État souverain et de sa lutte contre les actions séparatistes violentes qui menacent son intégrité territoriale.

En fait, certains médias et milieux politiques, plus ou moins consciemment, sont complices. En effet, il existe des preuves évidentes du soutien logistique et organisationnel accordé par certains pays de l'UE au PKK. Les membres du groupe terroriste y trouvent refuge et y vivent confortablement, servant parfois de porte-parole à des associations humanitaires et philanthropiques, jouissant ainsi d'une certaine crédibilité publique en Europe.

C’est un élément dont les dirigeants européens sont au fait. Suite à un rapport des services de renseignement allemands sur les activités du PKK dans ce pays, les déclarations de Thomas Haldenwang, président de l’Office fédéral de protection de la constitution, sont notables. Il a déclaré : "Le PKK organise diverses campagnes de collecte de fonds en Allemagne, et les utilise pour financer le terrorisme en Turquie. Ils voient l'Allemagne comme une base de repos et retrait. Ils essaient d'établir une influence politique ici aussi."[4,5].


- La désinformation et la manipulation du PKK sont très répandues.

En outre, les preuves existantes de soutien logistique et armé contredisent les hypothèses de la lutte contre le terrorisme telle que l'UE la conçoit. De plus, le même niveau de sympathie est accordé aux combattants étrangers européens qui rejoignent le PKK/PYD, qui sont dépeints chez eux comme des "héros courageux luttant pour un noble idéal." Cette attitude et cette perception erronée constituent un véritable paradoxe car une telle tolérance serait impensable à l'égard de Daech et de ses combattants étrangers.

Cette désinformation et cette manipulation sont les symptômes d'une approche discrétionnaire et du deux poids deux mesures quant à la lutte contre le "terrorisme" et les "menaces terroristes". Alors que l'engagement occidental et européen dans la lutte contre le "terrorisme djihadiste" est intense, les condamnations publiques à l'encontre du PKK et de ses actions criminelles sont de plus en plus résiduelles. De plus, cette bienveillance contribue à élargir et à renforcer davantage la marge de manœuvre du PKK.


- Idéologie contre réalité

Selon la grande érudite et philosophe Hannah Arendt, il existe "un écart énorme entre l'image créée par l'homme et la réalité". C'est le défaut de toute idéologie ou approche dogmatique ou partiale. En effet, derrière la perception erronée et l'image faussée du PKK, il y a des facteurs idéologiques qui circulent dans certains milieux d'extrême-gauche et des préjugés envers la Türkiye.

La position de la Türkiye contre le PKK n'est pas une lutte politique contre une opposition traditionnelle. Il s'agit plutôt d'une lutte contre une organisation terroriste aux objectifs séparatistes. Sur la base de cette hypothèse, tout État fondé autour du principe de la souveraineté, de l'inviolabilité et de l'unité de son territoire mettrait en œuvre des politiques défensives et préventives comme la Türkiye, qui, à l'inverse, fait très souvent l'objet de critiques et d'incompréhension de la part des partenaires qui admettent le discours du PKK. En d'autres termes, certains Etats européens font presque automatiquement une distinction dans l'évaluation du degré de dangerosité du PKK et de Daech, le premier étant dépeint comme un projet "laïc", "pacifique" et "démocratique".

Comme cette attitude exacerbe inévitablement le deux poids deux mesures sur des questions de première importance se rapportant à la sécurité et à la stabilité, elle ne serait plus admissible. D'une part, il s'agit d'une approche injuste envers la Türkiye et son intérêt national légitime. D'autre part, elle contredit les postulats européens d'un effort commun et conjoint contre les menaces et la coopération avec les partenaires. Ainsi, face à tant de preuves et d'ambiguïté, le temps est venu de penser et d'agir de manière cohérente et pragmatique, en faisant body_abstraction de toute distinction et de toute bonne volonté envers les ennemis et les terroristes.

[1]https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=OJ:L:2021:043:FULL&from=it

[2]https://www.consilium.europa.eu/en/policies/fight-against-terrorism/

[3]https://www.state.gov/foreign-terrorist-organizations/

[4]https://www.aa.com.tr/en/europe/pkk-terror-group-using-germany-as-base-to-finance-attacks-in-turkiye-german-spy-chief-admits/2607776

[5]https://www.verfassungsschutz.de/SharedDocs/publikationen/DE/verfassungsschutzberichte/2022-06-07-verfassungsschutzbericht-2021.pdf?__blob=publicationFile&v=2


*Traduit de l'anglais par Cécile Pani

* Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de l'Agence Anadolu.

**L'auteur est une universitaire italienne, experte en sciences politiques et en relations internationales. Elle est la directrice scientifique de l'Observatoire du CeSPI en Türkiye.

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