Mohammad Kara Maryam
04 Septembre 2022•Mise à jour: 05 Septembre 2022
AA / Istanbul / Emine Celik
-La Türkiye a intensifié ses mouvements et efforts diplomatiques depuis le mois de janvier dernier, ce qui a renforcé son rôle et sa position sur l’échiquier mondial.
-Les efforts déployés par la Türkiye pour parvenir à un cessez-le-feu entre Moscou et Kiev et pour mettre fin aux crises énergétique et alimentaire à travers le monde ont été soutenus et salués par de nombreux pays.
La Türkiye poursuit ses efforts diplomatiques intenses, de nature à susciter l’attention, d’autant plus qu’elle est devenue plus présente sur la scène internationale, depuis l’enclenchement de la guerre russo-ukrainienne, à la fin du mois de février dernier.
En effet, la Türkiye a initié une médiation entre Moscou et Kiev, dès les premiers jours des affrontements militaires, et ce en réussissant à arranger une rencontre directe entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et de l’Ukraine en marge du Forum diplomatique d’Antalya.
Les efforts déployés par Turquie pour parvenir à un cessez-le-feu entre Moscou et Kiev ainsi que pour mettre fin aux crises énergétique et alimentaire à travers le monde ont été appuyés et salués par de nombreux pays, essentiellement les Etats-Unis d’Amérique, la France et le Royaume-Uni en plus d’organisations internationales de premier plan, telles que l’Union européenne (UE) et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Malgré la fin des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine qui ont quitté la table des négociations pour des motifs d’ordre endogène et exogène et compte tenu des développements survenus sur le terrain, il n’en demeure pas moins que les mesures prises pour surmonter la crise alimentaire mondiale ont été importantes et précieuses.
- Les succès diplomatiques de la Türkiye
La guerre russo-ukrainienne a ouvert la porte à une phase marquée par la recrudescence des craintes et appréhensions de pays limitrophes de la Russie.
Cette situation a poussé la Finlande et la Suède (pays voisins de la Fédération de Russie) à déposer une requête officielle pour demander l’adhésion à l’OTAN et c’est ainsi que les regards se sont tournés à nouveau vers la Türkiye.
En effet, les deux pays nordiques ont essuyé un refus turc à leur demande d’adhésion à l’OTAN, dès lors qu’ils abritent sur leurs territoires respectifs des activités et des éléments des organisations terroristes de Gulen et du PKK, en plus d’infliger des sanctions commerciales et économiques à l’endroit d’Ankara.
Sur fond de ces développements, des acteurs internationaux majeurs, tels que le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, le président américain, Joe Biden, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson, ont lancé une série d’initiatives au sujet de la position turque concernant l’adhésion de la Finlande et la Suède à l’Alliance transatlantique.
C’est dans ce cadre que le Sommet tripartite qui a réuni la Turquie, la Finlande et la Suède, a constitué le point d’orgue du Sommet des Etats membres de l’OTAN tenu dans la capitale espagnole, Madrid, entre le 28 et le 30 juin dernier.
Ce Sommet tripartite a été marqué par la prise de plusieurs décisions sensibles. Il s’agit, essentiellement, de l’acceptation par la Finlande et la Suède, via un accord écrit, des requêtes légitimes de la Türkiye, consistant en l’arrêt par les deux pays européens de leur soutien militaire et financier apporté aux organisations terroristes et en la suspension des activités de propagande de ces groupes terroristes sur leurs territoires.
En contrepartie, la Türkiye a souligné qu’elle ne s’opposerait pas à la demande d’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN en cas d’application de l’accord conclu à Madrid.
La Türkiye mesurera le degré de respect par les deux pays de l'accord tripartite au fur et à mesure des évolutions et de l'avancée du temps.
En Suède, où des élections générales seront organisées le 11 septembre courant, il est question de rupture des relations avec le PKK.
La Première ministre suédoise, Magdalena Andersson Magdalena, a annoncé que son parti n’envisage pas de nouer un partenariat avec le parti de gauche d'opposition, dont certains membres se sont pris en photo avec les prétendus « drapeaux de l'organisation du YPG / PKK » terroriste, ce qui a été considéré comme étant une mesure concrète sur la voie de l'engagement de la Suède de mise en œuvre de l’accord tripartite de Madrid.
En plus de cela, le gouvernement suédois confirme n'offrir aucun soutien moral ou matériel au PKK dans le pays et ce, malgré les protestations de l'opposition.
La Türkiye s'arroge le droit de rejeter l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN, au cas où elle constate le non-respect par les deux pays de la mise en œuvre de l'accord tripartite.
Les positions de la Türkiye au cours du Sommet de l'OTAN à Madrid et son obtention de l'appui de pays majeurs au sein de l'Alliance transatlantique ont poussé la Grèce à conférer de la souplesse à ses positions hostiles affichées en continu depuis plusieurs années à l'endroit d'Ankara.
Cela est apparu clairement lorsque le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, a demandé l'organisation d'une rencontre avec le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, en marge du Sommet de Madrid, afin de tenir des entretiens sur la question chypriote.
Toutefois, Ankara a répondu à cette demande en indiquant que Chypre est l'endroit approprié pour discuter de cette question, un point qui a été considéré comme un succès diplomatique à mettre à l'actif de la Türkiye.
- Les équilibres du Moyen-Orient
Parallèlement aux évolutions sur la scène occidentale, le Moyen-Orient a connu également des développements qui présagent d'une nouvelle phase dans la région.
La Türkiye a recouru, compte tenu de ces développements, à redistribuer les cartes politiques et économiques en prenant en considération les équilibres régionaux et le système démocratique.
C'est dans ce cadre qu’Ankara a tenu une série de rencontres et de contacts pour renforcer ses relations bilatérales avec l'Arabie Saoudite, l'Égypte et les Émirats arabes unis.
Les initiatives diplomatiques dans la région du Golfe ainsi que le processus de normalisation avec Israël montrent également de nouvelles mesure prises à l'échelle politique en plus des domaines commercial et économique.
En plus de cela, la septième Réunion de Téhéran dans le cadre du processus d'Astana, qui a vu la participation des leaders russe, turc et iranien, a permis de faire progresser le dossier syrien.
La Türkiye a, en effet, dévoilé son intention de mener une opération militaire dans le nord syrien alors que la Russie et l'Iran s’y opposent pour des motifs d'équilibre politique interne.
Pour récapituler, la Türkiye a intensifié ses mouvements et efforts diplomatiques depuis le mois de janvier dernier, ce qui a renforcé son rôle et sa position sur l’échiquier mondial.
Le rôle et l'impact de la Turquie sur la voie de l'identification d'une solution à la crise alimentaire mondiale qui ne peuvent être aucunement niés, en plus des mesures de normalisation diplomatique avec les pays du Golfe et Israël, font d’Ankara un élément central dans plusieurs équations, aussi bien en Occident qu’au sein de l'OTAN et dans la région du Moyen-Orient.
Ainsi, les succès diplomatiques engrangés par la Türkiye peuvent avoir un impact double sur l’opération militaire qu'elle envisage de mener dans le nord syrien et qui est motivée par des craintes sécuritaires légitimes.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou