Emin İleri,Nur Asena GÜLSOY
20 Janvier 2017•Mise à jour: 21 Janvier 2017
AA – Istanbul
Les pourparlers d'Astana peuvent apporter la paix en Syrie, selon des experts de relations internationales.
Une trêve a été instaurée en Syrie avec les efforts de la Turquie et de la Russie, afin d'entamer des discussions politiques dans la capitale kazakhe, Astana.
Des experts ont commenté le processus pour l'Agence Anadolu.
Le docteur Burak Bilgehan Ozpek, de l'Université de TOBB d'Économie et de Technologie, relève la différence entre les discussions de Genève et d'Astana.
Alep n'est plus contrôlé par l'opposition syrienne et le conflit interne est presque terminé, selon Ozpek. Il a à cet égard affirmé: «La différence principale est que la table à Astana a été mise en place après l'instauration de la trêve, contrairement à la table à Genève. C'est à dire que les parties n'entament pas les discussions dans l'espoir de gagner la guerre, mais dans l'espoir de ne pas perdre ce qu'ils ont jusqu'à présent obtenu. C'est pourquoi Astana peut aboutir à la paix, et pas uniquement à mettre fin à la guerre.»
Les États-Unis d'Amérique étaient l'acteur principal des discussions de Genève, à l'inverse de la Russie à Astana, selon le docteur Ozpek.
«La Russie est un facteur très important, explique-t-il. Elle soutient le régime d' [Bachar] al-Assad sur le terrain, ils ont remporté une victoire, expulsé les opposants vers Idlib. Non seulement la relation de la Russie avec al-Assad, mais aussi celle avec les groupes kurdes, sont très importantes. Le principal acteur qui déterminait la politique syrienne avant les pourparlers de Genève était les États-Unis, maintenant, à la veille des discussions d'Astana, ce rôle revient à la Russie. L'ordre qui sera établi en Syrie sera un peu déterminé par les intérêts de Moscou.»
-«La Russie a davantage besoin de la Turquie que de l'Iran pour une paix en Syrie»
Rappelant les allégations selon lesquelles il y aurait un différend entre la Russie et l'Iran ces derniers temps, Ozpek estime que ces deux pays ne sont pas des acteurs qui se trouveront dans deux camps opposés, et ont convenus qu'al-Assad dirige la Syrie.
«Ils peuvent se mettre d'accord sur al-Assad mais celui-ci a des parties avec lesquelles il doit se mettre d'accord aussi, et pour que ces parties prennent part au processus, la Russie a davantage besoin de la Turquie que de l'Iran, précise-t-il. C'est donc très normal que la Russie ait un dialogue plus intense avec la Turquie, pour convaincre justement les autres acteurs à la paix. Je ne suis pas d'accord avec l'idée que Moscou aurait abandonné Téhéran. C'est juste parce que le processus a changé et Moscou a besoin de coopérer plus étroitement avec Ankara.»
Ozpek insiste aussi sur l'importance de la participation des États-Unis au processus d'Astana.
«Durant l'administration Obama, les États-Unis n'avaient pas la mission d'assurer la stabilité, fait-il savoir. Par contre, ils ont bien réussi à provoquer l'instabilité. Je ne sais pas si l'Iran s'oppose à la participation des États-Unis pour jouer un rôle actif et ne pas être écarté du processus. Car je pense que les intérêts de Téhéran et de Washington convergent quant à la lutte contre Daech, et la question des Kurdes en Irak et en Syrie.»
Pour sa part, le docteur Arif Keskin, qui s'est distingué par ses recherches académiques sur l'Iran, fait remarquer que personne n'a remporté une victoire en Syrie.
«L'alliance entre al-Assad et l'Iran a permis de repousser les opposants mais est-ce qu'elle apportera la paix?, s'interroge-t-il. La Russie observe la situation et voit que la crise sera surmontée à l'aide de l'esprit collectif. C'est pourquoi elle pense que la Turquie jouera un rôle important dans le processus. Pour sa part, la Turquie comprend bien que les attentats terroristes ne s'arrêteront pas sur son territoire sans une paix en Syrie.»
Arif Keskin défend l'idée que les négociations d'Astana ne réussiront pas sans les États-Unis.
«La Russie souhaite la participation des États-Unis mais l'Iran s'y oppose, rappelle-t-il. L'Iran est depuis le début mécontent de ces pourparlers. Car il déduit deux choses: D'abord, le développement des relations Moscou-Ankara. L'Iran ne veut pas que ces deux pays convergent autant sur la question syrienne. Ensuite, la poursuite de la réussite à Alep. L'Iran se demande, 'si nous avons vaincu les opposants à Alep, pourquoi négocions-nous? Achevons-les tous et on en discutera après'.»
Keskin estime en outre qu'il faut inviter les pays arabes au processus d'Astana.
«Si l'Iran est convaincu et est sincère, les pourparlers peuvent être meilleurs que ceux d'avant, note Keskin. L'important ici, c'est la sincérité de l'Iran et la participation des pays arabes sunnites de la région au processus. Il est impossible de formuler une paix durable en écartant l'Arabie saoudite, le Qatar et les autres pays. Il faut élargir les pourparlers. La participation de la Turquie est importante, car elle peut convaincre le monde arabe.»
Il est prévu que les pourparlers se tiennent à la fin du mois courant.
Les délégués du régime syrien, de l'opposition syrienne, de la Russie, de la Turquie, de l'Iran, de l'Arabie saoudite et du Qatar ont annoncé leur participation. Les États-Unis, la Chine et les Nations Unies (ONU) ont déclaré soutenir le processus.