Esma Ben Said
13 Septembre 2017•Mise à jour: 13 Septembre 2017
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Jamais depuis la révolution, une séance plénière parlementaire n’a été aussi houleuse en Tunisie.
C’est en effet dans la cacophonie et la confusion que s’est tenue mercredi la session extraordinaire de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) qui devait examiner le projet de loi sur la réconciliation administrative proposé par le président de la république Beji Caied Essebsi.
Alors que ses initiateurs justifient sa présentation par le souci de relancer une économie en panne, ses détracteurs les accusent de vouloir, à travers ce texte de loi, consacrer l’impunité et blanchir les corrompus.
Pendant plus d’une demie heure, des députés de l’opposition, notamment du Courant démocratique et du Front populaire, ont entonné sans discontinuer l’hymne national pour entraver les travaux et empêcher la lecture du rapport de la commission de législation générale, a constaté le correspondant de Anadolu.
« Elle (la loi) ne passera pas ». « Non aux corrompus », ont-il scandé.
« Ce n’est pas par la force et l’anarchie qu’on exprime ses opinions. Ce n’est pas décent », a rétorqué le président de l’assemblée Mohamed Ennaceur dont les appels au calme étaient vains.
A bout de patience, il a finalement demandé au président de la commission Taieb Madani de lire le rapport. Tout en donnant de la voix, ce dernier ne s’est acquitté de la tâche que péniblement, perturbé qu’il était par les députés de l’opposition qui continuaient le chant national.
Survoltée Samia Abbou avec à ses côtés notamment le député du parti Al Irada Imed Daïmi se sont en effet déplacés de leurs sièges pour se mettre debout devant le président de la commission et lui voiler la vue.
Exaspéré, le président de l’ARP a aussitôt levé la séance qui devait reprendre après une heure pour poursuivre les débats et, normalement, l’adoption du projet de loi controversé.
Des députés de l’opposition en ont profité pour tenir une conférence de presse dans le hall du parlement.
« Avec cette loi anticonstitutionnelle, ils vont mener le pays à la dérive », a lancé l’élu du Front populaire Mongi Rahoui. « Nous la chahuterons jusqu’au bout et la contrerons même en dehors de l’hémicycle », a-t-il ajouté.
Pour Samia Abbou, cette loi « montre que ceux qui gouvernent le pays protègent des lobbies ».
« Nous ne nous soumettrons pas et lutterons contre le retour de l’autoritarisme », a-t-elle martelé.
Le ton était déjà donné dès l’ouverture tardive des travaux dans la matinée. Echanges d’invectives et d’accusations ont marqué l’ouverture de la séance. Des élus de l’opposition ont dénoncé le report la veille de l’élection des nouveaux membres de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) pour absence quorum.
Ils l’ont qualifié de « machination » et de « pièce théâtrale » ourdies pour reporter les élections municipales prévues le 17 décembre prochain.