Nadia Chahed
06 Juin 2018•Mise à jour: 06 Juin 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Le limogeage, mercredi, du ministre tunisien de l'Intérieur Lotfi Brahem par le Chef du gouvernement Youssef Chahed était une décision un tant soit peu attendue.
Elle intervient au lendemain de l'un des pires drames humanitaires que la Tunisie ait vécu ces dernières années, avec le naufrage d'un bateau de migrants illégaux qui a fait un grand nombre de morts.
Mais là où le bât blesse, c'est que des défaillances sécuritaires ont manifestement été à l'origine de cette tragédie. En témoignent, les mesures prises contre dix cadres sécuritaires de la région de Sfax où s'est produit l'accident. Ironie du sort, c'est le ministre limogé par la suite qui les a démis de leurs fonctions!
Le dossier ne semble pas néanmoins s'arrêter à ce stade. Mercredi, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Sfax a ouvert "une enquête sur les informations faisant état de connivence sécuritaire" dans l'opération de migration clandestine survenue dans la nuit du 2 au 3 juin et qui a causé mort d'hommes, et ce en vertu des dispositions de l'article 31 du Code de procédure pénale.
La décision, on la sentait aussi venir au vu des informations qui circulaient depuis plusieurs semaines et qui laissaient penser que les rapports entre les deux hommes n'étaient pas au beau fixe, loin de là.
Comment expliquer autrement "l'ultimatum" donné, selon certains médias locaux qui citaient des sources bien informées, récemment par le Chef du gouvernement au ministre de l'Intérieur, Lotfi Brahem, d'appliquer, dans les 48h, le mandat d'amener émis contre l'ancien ministre de l'intérieur, Najem Gharsalli.
Le limogeage de Lotfi Brahem, ancien commandant de la Grade nationale, intervient justement après l'expiration de ce délai, sans que rien de nouveau ne soit survenu sur l'interpellation de l'ancien ministre Gharsalli. Ce dernier est impliqué dans une affaire concernant la sûreté de l'Etat dont le principal prévenu est l'homme d'affaires controversé Chafik Jarraya, en détention depuis plus d'une année. On ignore s'il est encore en Tunisie, ou s'il a pu quitter le territoire national ...
De tels rapports entre un chef de gouvernement et un de ses ministres, détenant de surcroît un département ministériel régalien, n'étaient pas du reste de nature à favoriser l'action solidaire, voire la discipline si l'on peut dire, au sein d'une équipe gouvernementale qui avait des dossiers autrement plus importants à traiter et était par ailleurs, confrontée à des attaques en bonne et due forme par des parties qui voulaient sa chute.
D'ailleurs, avant l'annonce de la décision, le Chef du gouvernement avait été reçu dans la matinée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi.