Lassaad Ben Ahmed
13 Août 2018•Mise à jour: 14 Août 2018
AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a annoncé, lundi, qu'il présentera prochainement un projet de loi à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP / parlement) pour instaurer l'égalité entre l'homme et la femme dans l'héritage, un sujet qui suscite depuis des mois une vive controverse en Tunisie.
Cette question est actuellement régie par la chariâa (la loi islamique) laquelle accorde, en général, à l'homme le double de la part qui revient à la femme.
Dans un discours très attendu prononcé à l’occasion de la fête de la femme, célébrée en Tunisie le 13 août de chaque année, le chef de l'Etat tunisien a déclaré que son initiative se fondait sur l'article 2 de la Constitution tunisienne qui considère la Tunisie comme "Etat civil" et non théocratique.
Selon lui, "dire que la référence de l’Etat est une référence religieuse est erroné".
"L'article 2 de la Constitution est clair et stipule que la Tunisie est un état civil basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la suprématie de la loi “, a-t-il martelé.
Il a noté que les parents auront néanmoins la latitude d'opter de leur vivant pour l'application de la chariaa en ce qui concerne le partage de l'héritage entre les ayants droit.
L'initiative du président tunisien a été inspirée des recommandations de la Commission des libertés individuelles et de l'égalité (Colibe) mise sur pied il y a un an à son instigation.
Le rapport qu'elle a publié en juin dernier a été diversement accueilli entre partisans et détracteurs.
Outre la question de l'égalité en matière d'héritage, le document préconise de revoir plusieurs textes de loi visant notamment à dépénaliser l'homosexualité que le Code pénal tunisien sanctionne actuellement de trois ans de prison et à abroger la peine capitale.
Samedi, une grande manifestation rassemblant des associations de "défense du Coran" a eu lieu devant le parlement pour dénoncer ce document et rejeter ses conclusions.
Le président Essebsi a, cependant, félicité les membres de la Colibe qui regroupe des juristes et des universitaires, pour "l'audace" dont il a fait preuve dans l'élaboration de ce rapport.
Il a précisé que le projet de loi en question sera soumis au parlement "dans les plus brefs délais", soit à la rentrée parlementaire prévue en octobre prochain.
"En tant que président de la République et conformément aux attributions qui me sont dévolues, je suis tenu d'appliquer la Constitution, a-t-il plaidé.
Il s'est déclaré dans ce contexte "préoccupé" par les réticences formulées au sujet de l'égalité successorale par le mouvement Ennahdha, d'obédience islamique, allié dans la coalition gouvernementale.
"Nul n'ignore qu'Ennahdha a une référence religieuse, mais elle évolue vers un mouvement civil", a noté le président tunisien en formulant l'espoir qu'elle révisera sa position "vu le rôle important qu'elle joue au sein du parlement où elle dispose du plus grand nombre de députés (68 sur 217) parmi les blocs parlementaires.
Caïd Essebsi s'est dit "optimiste" quant à l'aboutissement de son initiative.
"Je suis optimiste car le peuple tunisien a donné la preuve de son degré de conscience et de son ouverture vers le progrès", a-t-il conclu.
Lundi soir, une manifestation des associations et autres parties qui soutiennent les suggestions de la Colibe dont l'égalité successorale, est prévue sur l'avenue Habib Bourguiba.
Cette artère, la principale de la capitale tunisienne, porte le nom de l'initiateur du Code du statut personnel promulgué au lendemain de l'indépendance de la Tunisie en 1956.
Un texte qualifié de "révolutionnaire" qui a permis l'émancipation de la femme tunisienne en abrogeant la polygamie et en lui accordant de nombreux droits dont l'enseignement et le travail.