Nadia Chahed
28 Mai 2018•Mise à jour: 29 Mai 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
C'est désormais l'impasse: la crise politique persistante en Tunisie n'a pas trouvé d'issue malgré les nombreuses tentatives de trouver un consensus pour en sortir. Une situation de blocage aux conséquences imprévisibles.
Après des semaines de tractations, l’Accord de Carthage qui a donné naissance il y a environ un an et demi, au "gouvernement d'union nationale" a été suspendu sine die, a annoncé lundi la porte-parole de la présidence de la République tunisienne, Saïda Garrach.
L'annonce en a été faite à l'issue d'une réunion relativement brève (30 minutes) des signataires de l'Accord de Carthage au cours de laquelle la tension était particulièrement tendue, selon des sources concordantes.
La réunion a achoppé sur la question du remaniement gouvernemental qui divisait les parties prenantes à l'accord de Carthage dont le différend a viré en une sorte de bras de fer.
Considérant que le gouvernement Chahed a échoué à sortir le pays des difficultés économiques et sociales que vit le pays depuis plus de sept ans - c'est du moins sa position officielle- le parti "Nida Tounes" exige par la bouche de son directeur exécutif Hafedh Caïd Essebsi, le départ du chef du gouvernement actuel Youssef Chahed.
C'est la même position adoptée par la centrale syndicale, l'UGTT, dont le secrétaire général, Noureddine Taboubi, a déclaré que désormais et à compter d’aujourd’hui, il considère qu'il n’est plus engagé en rien, avertissant que chacun doit assumer sa responsabilité, sans plus de précisions.
En face, le gouvernement Chahed semble avoir un soutien de taille, celui du mouvement d'obédience islamique "Ennahdha". Son président Rached Ghannouchi plaide avec insistance pour la "stabilité", assurant que la chute du gouvernement n'est pas dans l'intérêt de la Tunisie.
Selon lui, changer de gouvernement nécessitera 5 à 6 mois alors que le pays doit s'apprêter à des élections générales importantes en 2019, a-t-il fait remarquer, metant en garde à son tour "ceux qui n'oeuvrent pas pour le consensus à assumer leurs responsabilités".
De son côté, le secrétaire général du parti "Al Moubadara", Kamel Morjane a admis que les signataires du Pacte de Carthage sont arrivés à une impasse étant donné que les parties concernées n’ont trouvé aucun terrain d’entente. Morjane a indiqué que le président de la République, Béji Caid Essebsi a reconnu que « nous sommes arrivés à un gouffre auquel on ne s’attendait pas ».
Appelant à "faire prévaloir la raison", le dirigeant d’Al Moubadara a cependant indiqué, dans une déclaration à la radio nationale, que tous les moyens sont là pour sortir du gouffre: « le chef du gouvernement Youssef Chahed, soit il serait poussé à la démission soit il doit s’adresser à l’Assemblée des Représentants du Peuple pour obtenir la confiance des députés ».