Yosra Ouanes
10 Février 2022•Mise à jour: 10 Février 2022
AA / Tunis
Le bloc parlementaire du mouvement Ennahdha a exprimé, jeudi, son rejet de la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), par le chef de l'Etat Kaïs Saïed, déclarant son soutien aux protestations des juges contre cette décision.
Saïed avait annoncé, lundi, dans une vidéo diffusée par la Présidence de la République, la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, indiquant que "le projet de dissolution du Conseil est prêt et sera discuté".
Le bloc du mouvement d'obédience islamique (53 députés sur 217) a affirmé, dans un communiqué, son rejet de la déclaration de Saïed de "dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature, et sa tentative dangereuse de contrôler cette institution vitale du pays et de saper son indépendance et sa structure constitutionnelle".
Il a également exprimé son "plein soutien à toutes les luttes annoncées par les juges pour protester contre la dissolution du conseil".
Mardi, l'Association des magistrats tunisiens (non gouvernementale) a appelé à la suspension des travaux dans tous les tribunaux mercredi et jeudi, en signe de protestation contre la décision du président Saïed.
Le bloc d'Ennahdha a appelé "les députés et les autres blocs parlementaires à persévérer dans la défense de l'institution législative et à ce que les institutions constitutionnelles reprennent leurs fonctions".
"Ennahdha appelle tous les parlements amis et démocratiques à soutenir le parlement tunisien pour restaurer la voie démocratique du pays", lit-on de même source.
A noter qu'aucun commentaire immédiat de la Présidence tunisienne n'a été émis à ce sujet. Nonobstant, elle nie généralement de telles accusations.
Le Conseil supérieur de la magistrature est un organe constitutionnel indépendant dont les tâches consistent notamment à garantir l'indépendance du pouvoir judiciaire, à tenir les juges responsables devant la justice et à leur accorder des promotions professionnelles.
La Tunisie est en proie à une crise politique depuis que le chef de l’Etat avait décidé le 25 juillet dernier de révoquer le Chef du gouvernement Hichem Mechichi, de geler les pouvoirs du Parlement pour une durée de 30 jours, et de lever l’immunité des députés dans le cadre de mesures d’exception. Kaïs Saïed avait annoncé également qu’il s’arrogeait le pouvoir exécutif avec l’aide d’un gouvernement dont il désignera le chef et a procédé dans les jours suivants à une série de limogeages de ministres et de hauts responsables dans l’appareil de l’Etat.
Le Président tunisien avait décidé de supprimer l'instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des projets de loi, de légiférer par décrets présidentiels et d'exercer le pouvoir exécutif avec l'aide d'un gouvernement, alors que des observateurs et des parties politiques estiment que les nouvelles dispositions présidentielles constituent « un coup d’État contre la Constitution ».
La majorité des partis ont rejeté les décisions de Saïed, prorogées en date du 24 août écoulé. Certains partis ont qualifié ces décisions de « coup d’Etat contre la Constitution », tandis que d’autres formations politiques les considèrent comme une « restauration du processus », sur fond de crises politiques, économiques, et sanitaires (Covid-19).
*Traduit de l'arabe par Wejden Jlassi