AA/Tunis/Afef Toumi
Alors que trois années se sont écoulées depuis les dernières élections législatives et présidentielle en Tunisie, les électeurs sont de nouveaux conviés aux urnes, en décembre prochain, pour la première expérience démocratique locale, depuis la révolution de 2011.
Une expérience qui ne semble toutefois pas susciter un grand engouement, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
Les élections municipales, reportées plus d’une fois par l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE), représentent pourtant une étape fondamentale dans le processus de la transition démocratique en Tunisie.
Les inscriptions aux municipales ont été ouvertes à la population électrice du 19 juin dernier au 10 août courant, dans toutes les provinces de la Tunisie et dans toutes les régions et municipalités qui en relèvent.
D'après les statistiques mises à jour de l’ISIE, 535.784 nouveaux électeurs s’ajouteront au registre électoral qui compte 5 millions et 740 mille électeurs, ayant déjà voté aux législatives et à la présidentielle de 2014.
Un chiffre relativement faible mais qui n'empêche pas les listes électorales de continuer à se former.
Dans le village historique de Sidi Bou Saïd (banlieue Nord de la capitale Tunis) -qui compte 5 mille habitants, dont 3500 électeurs- ayant connu deux maires successifs à la tête de la délégation spéciale (conseil municipal provisoire), depuis 2011, les citoyens semblent porter peu d'intérêt à ce prochain rendez-vous.
Certains avouent déjà être désintéressés par les votes aux municipales et confient qu'ils vont "probablement s’abstenir le jour des élections".
"D’après les listes électorales que j’ai découvertes jusqu'à présent, je ne trouve pas d'éventuels candidats en mesure de me représenter…Je préfère donc m’abstenir", déclare à Anadolu, Mounira, une citoyenne de 54 ans, habitant à Sidi Bou Saïd.
Sami, 32 ans, rejoint, quant à lui, l’avis de Mounira et se dit "non convaincu" par les candidats qui prévoient de se présenter aux prochaines municipales.
"Franchement, notre village souffre depuis l’ère de Ben Ali (ex président tunisien) de la dominance d'une certaine catégories de gens qui n’ont pas du tout l’intention de faire du bien à Sidi Bou Saïd, ce village symbolique de renommée mondiale, c’est désolant", assure Sami, qui confie vouloir s’abstenir, "sauf si une liste respectable apparait à la dernière minute".
A côté des citoyens tunisiens "désintéressés" d'autres en revanche, attendent avec impatience le rendez-vous démocratique.
Mohamed Raouf Soufi, jeune trentenaire, exprime un grand intérêt pour les élections municipales et compte même se présenter dans une liste indépendante à Sidi Bou Said.
" Après la révolution, ce sont les premières élections municipales qui vont avoir lieu. On a donc l'opportunité, non seulement de voter, mais aussi de présenter sa candidature ", a-t-il dit à Anadolu.
" J'ai toujours eu envie de contribuer à un changement dans ma ville et aujourd'hui cette opportunité m'est tendue ", poursuit-il.
Soufi reconnait que l’initiative de constituer une liste a été une lourde responsabilité surtout en vue de l'étape complexe, mais nécessaire, de recrutement de personnes répondant au profil requis.
" J’ai commencé par rencontrer des gens, dont des anciennes connaissances, mais je me suis confronté à des "Non", des hésitations ou encore des désistements de la part de certaines personnes, qui sont pour le principe mais ne se voient pas prêtes à vivre l’expérience jusqu’au bout ", raconte le jeune banquier qui se concentre désormais sur la création "d'un cadre de travail" avant de déposer prochainement sa liste.
Le village touristique de Sidi Bou Saïd, auparavant habité par le président déchu Zine al-Abidine Ben Ali, a connu, durant les dernières années, un " désordre " causé par " la nonchalance de l’autorité locale de tutelle ", selon certains habitants.
Cela devrait être une des raisons qui motive les habitants de ce village, situé à 20 km au Nord de la capitale Tunis, à voter massivement aux municipales afin d’y "rétablir l’ordre" et "améliorer" leur situation.
Les candidats aux municipales du 17 décembre prochain vont se disputer 7182 sièges répartis sur 350 municipalités.
Les délais de dépôt des candidatures sont prévus du 19 au 26 septembre 2017, d'après l'ISIE.