Mourad Belhaj
23 Février 2021•Mise à jour: 24 Février 2021
AA / Ankara
Constatant que dix ans après le soulèvement populaire, le chaos règne toujours en Libye, une experte de la région a préconisé une paix sociale dans le pays traumatisé afin de rassembler les institutions divisées.
L'experte a également déploré que les rivalités géopolitiques aient érigé de nouvelles barrières sur la voie de la résolution du conflit.
Le 17 février, les libyens ont célébré le 10e anniversaire de la révolution de 2011, qui, inspirée par le Printemps arabe, a réussi à mettre fin aux 42 ans de règne de Mouammar Kadhafi.
Mais peu après la révolution, le pays s'est enlisé dans une impasse politique.
Dans un entretien accordé à l'Agence Anadolu, Nebahat Tanriverdi Yasar, experte en politique nord-africaine, a déclaré que la Libye avait encore du mal à concevoir une reconstruction post-conflit, suite aux ravages sociaux et économiques causés par la guerre civile.
"Juste après 2011, le legs de Kadhafi a représenté l'un des défis majeurs à la reconstruction, notamment en ce qui concerne la nécessité de mettre en place des institutions qui n'ont jamais existé sous son règne autoritaire", a-t-elle expliqué.
Et d'ajouter que "certains autres défis étaient inhérents à l'intervention militaire internationale, sans parler des ravages de la guerre civile".
Selon Yasar, qui est également membre du Centre for Applied Turkey Studies (CATS), une division de recherche de l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, les interventions étrangères sans plans de règlement post-conflit solides ne font que renforcer la dérive vers la fragmentation.
"Avec sa structure sociale profondément fragmentée et traumatisée après la seconde guerre civile, la Libye a besoin de paix sociale pour rassembler ses institutions divisées et pour pouvoir définir son avenir. Les rivalités géopolitiques ont cependant créé de nouvelles entraves au règlement du conflit dans le pays", a-t-elle ajouté.
Fait marquant, le 5 février, 74 membres du Forum de dialogue politique libyen (FDPL), conduit sous l'égide des Nations unies et réunissant les principaux rivaux politiques du pays, ont élu un gouvernement intérimaire d'union nationale, au terme de cinq jours de négociations encadrées par les Nations unies en Suisse. Cette décision a permis d'entretenir l'espoir de parvenir à une stabilité politique.
Mohammad Younes Menfi a été élu à la tête du conseil présidentiel du gouvernement intérimaire. Abdul Hamid Dbiba a été élu premier ministre. Mossa al-Koni et Abdullah Hussein al-Lafi ont également été élus en qualité de membres du conseil présidentiel.
** Initiative politique appréciable
Le FDPL a été lancé le 9 novembre dernier en Tunisie, sous la houlette de la Mission d'appui des Nations unies en Libye, afin de trouver une solution politique à la crise du pays. Le forum représente les trois principales régions de la Libye : la Tripolitaine (ouest), la Cyrénaïque (est) et le Fezzan (sud).
"Toute initiative politique visant à surmonter l'impasse actuelle en Libye est précieuse, mais les discussions appuyées par l'ONU, surtout après 2014, nous ont montré que les initiatives politiques se limitant au niveau de l'élite ne suffisent pas pour résoudre les problèmes fondamentaux de la Libye, encore moins pour formaliser et favoriser une saine rivalité politique", a déclaré Yasar.
Avant les élections prévues pour le 24 décembre, le gouvernement intérimaire aura encore beaucoup à faire pour élaborer une feuille de route et faire évoluer le consensus entre les différents groupes.
"Le nouveau gouvernement intérimaire est chargé d'élaborer une feuille de route débouchant sur des élections, de créer un consensus entre les acteurs politiques et militaires concurrents, mais surtout de surmonter le problème inhérent aux interventions étrangères", a déclaré l'experte.
Le gouvernement intérimaire remplacera le gouvernement d'entente nationale basé à Tripoli et dirigé par le Premier ministre Fayez al-Sarraj. Le gouvernement d'entente nationale avait pris ses fonctions en 2015 dans le cadre d'un accord conclu sous l'égide des Nations unies. Mais les efforts pour un règlement politique à long terme ont échoué en raison d'une offensive militaire lancée par les milices loyales au seigneur de guerre libyen Khalifa Haftar.
L'ONU avait reconnu le gouvernement de Sarraj, également soutenu par la Turquie, comme l'autorité légitime du pays.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj