AA/Alger
Les pays voisins de la Libye ont décidé, au terme de leur réunion mardi soir, d'y envoyer une « délégation ministérielle », pour s’entretenir avec toutes les parties, dans le but d'évaluer le processus politique qui précède les élections prévues le 24 décembre prochain.
C’est ce qui ressort de la Déclaration finale, rendue publique à l'issue d'une réunion au niveau des ministres des Affaires étrangères des pays du voisinage libyen, accueillie par l'Algérie pendant deux jours, avec la participation de la Libye, de l'Égypte, du Tchad, du Niger, du Soudan, de la Tunisie et de la République du Congo.
Le secrétaire général de la Ligue des États arabes, Ahmed Aboul Gheit, l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Libye, Ján Kubiš, et le Commissaire aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l'Union Africaine, Bankole Adeoye, ont également pris part à cette réunion.
La Déclaration finale a indiqué que les ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye, avaient convenu de « coordonner leurs efforts collectifs envers toutes les parties libyennes pour mettre fin à la crise, conformément au processus établi par l'ONU ».
Pendant des années, ce pays riche en pétrole a enduré un conflit armé. Avec le soutien de pays arabes et occidentaux, la milice de Haftar composée de mercenaires et de combattants étrangers, disputait à l’ancien gouvernement libyen, internationalement reconnu, la légitimité et l'autorité sur le pays.
Les ministres ont convenu, qu'une délégation ministérielle se rendrait en Libye (sans préciser de date à cet effet) pour exprimer sa solidarité avec le peuple libyen frère et s’entretenir avec toutes les parties libyennes, dans le but d'évaluer le processus politique qui précède les élections prévues pour la fin de cette année, indique la Déclaration finale.
Une sortie de crise se profile en Libye depuis que le gouvernement d’unité nationale et le nouveau Conseil Présidentiel ont pris leurs fonctions le 16 mars 2021, pour conduire le pays aux élections législatives et présidentielle prévues le 24 décembre prochain.
Les ministres ont condamné « l’acheminement continue d'armes et de mercenaires vers les groupes armés, en violation flagrante de l'embargo sur les armes imposé par les Nations unies, ainsi que les tentatives délibérées de semer la division parmi les Libyens pour saper tous les efforts visant à résoudre la crise en Libye ».
Ils ont appelé également au retrait de toutes les forces étrangères, combattants et mercenaires étrangers, conformément à la résolution 2570 du Conseil de sécurité et tel que stipulé dans l'accord de cessez-le-feu permanent, avec la nécessité d’inclure pleinement les pays voisins dans les pourparlers ou les processus lancés à cet égard.
Ils ont également souligné l’impératif de « mettre en œuvre concrètement les principales priorités de la feuille de route convenue, notamment en ce qui concerne le déroulement des élections à la date prévue, conformément à la résolution 2570 du Conseil de sécurité et aux recommandations de la Conférence de Berlin II et de la feuille de route émanant du Forum de dialogue politique inter-libyen ».
En raison de désaccords entre ses membres, le Forum de dialogue politique inter-libyen n'a pas réussi à convenir d’une base constitutionnelle en vue des élections, compte tenu de l'impossibilité d'organiser un référendum populaire sur un projet de nouvelle Constitution pour le pays.
Les ministres des Affaires étrangères ont exhorté les institutions libyennes compétentes à « convenir d’une base juridique et constitutionnel à cet effet, évincer les forces étrangères, les combattants et les mercenaires étrangers, unifier l'institution militaire et parvenir à la réconciliation nationale ».
Le général Khalifa Haftar continue d'opérer indépendamment du gouvernement légitime et dirige une milice armée, en s’autoproclamant «commandant en chef de l'armée libyenne», faisant peu de cas du commandant suprême de l'armée et président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Al-Manfi.
Les ministres ont également appelé à « appliquer l'accord quadripartite entre la Libye et les pays voisins pour sécuriser les frontières communes ».
Ils ont salué la proposition de l'Egypte d'accueillir la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye à une date qui sera convenue ultérieurement.
Au terme des travaux de la réunion, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a déclaré lors d'une conférence de presse avec son homologue libyenne, « La réunion a été un succès, et nous voulons qu'elle soit une valeur ajoutée aux efforts de soutien au peuple libyen frère, car l’essentiel demeure l'intérêt de la Libye et le soutien de son peuple».
« Les pays voisins de la Libye ont le droit d’insister sur le retrait des forces étrangères et des mercenaires (...) et les parties (sans les nommer) qui les ont amenés en Libye, doivent les renvoyer d'où ils sont venus », a déclaré le chef de la diplomatie algérienne.
De son côté, la ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla al-Mangoush, a déclaré, « La réunion d'Alger a confirmé que l’unification des efforts des pays voisins de la Libye est inéluctable, et vise à atteindre plusieurs objectifs, dont les plus importants sont la sécurité des frontières, la sécurité alimentaire et le développement ».
Sur la possibilité de tenir les élections dans les délais prévus, Al-Mangoush a répondu que « les élections sont le sujet de l'heure, et nous avons essayé de faire notre devoir », et la cheffe de la diplomatie libyenne de s'interroger « Est-il possible de les tenir dans les délais prévus, à la lumière des données actuelles et des défis nombreux notamment sur les plans sécuritaire et économique ?».
*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail