Rania R.a. Abushamala
15 Avril 2026•Mise à jour: 16 Avril 2026
AA / Khartoum
Le Soudan a dénoncé ce mercredi la tenue d’une conférence en Allemagne sans consultation préalable avec ses autorités, y voyant une « approche de tutelle coloniale » par laquelle certains pays occidentaux chercheraient à imposer leur agenda.
Dans un communiqué, le ministère soudanais des Affaires étrangères a estimé que l’organisation de cette rencontre sans coordination avec Khartoum ni invitation officielle du gouvernement traduisait un « mépris des visions présentées par l’État soudanais et ses institutions officielles ».
La conférence, qui doit s’ouvrir mercredi à Berlin avec la participation de groupes politiques et civils soudanais, vise à mobiliser des financements pour les populations affectées par la guerre et à examiner les moyens de mettre fin au conflit opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR), une formation paramilitaire.
Selon le ministère, cette initiative « reflète une approche de tutelle coloniale encore pratiquée par certains pays occidentaux », accusés de tenter d’imposer leur vision à des « États et des peuples libres ».
Khartoum a affirmé qu’il « n’acceptera pas que des États ou des organisations régionales et internationales se réunissent pour statuer sur ses affaires en contournant le gouvernement soudanais sous prétexte de neutralité », qualifiant cette justification de « dénuée de valeur » et de « précédent dangereux dans les relations internationales ».
Les autorités soudanaises ont également mis en garde contre toute « mise sur un pied d’égalité du gouvernement et de son armée nationale avec une milice terroriste criminelle et multinationale », estimant qu’une telle approche porterait atteinte aux « fondements de la sécurité régionale et internationale ».
Le ministère a en outre critiqué la manière dont le conflit est présenté lors de la conférence, la jugeant « inexacte et partiale », estimant qu’elle « ne favorise pas la paix mais accentue la polarisation », et dénonçant une représentation du Soudan confiée à « des groupes limités et restreints ».
Khartoum a toutefois assuré rester disposé à mettre fin au conflit et ouvert à « des initiatives de paix sérieuses et équitables », à condition qu’elles reposent sur une consultation avec le gouvernement et respectent « la souveraineté et l’intégrité territoriale » du pays.
Le Soudan est plongé dans un conflit depuis avril 2023 entre l’armée et les RSF, sur fond de désaccords concernant l’intégration de cette force paramilitaire au sein de l’armée régulière. La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé environ 13 millions de personnes et plongé certaines régions dans des conditions proches de la famine, constituant l’une des plus graves crises humanitaires au monde.
*Traduit de l'anglais par Serap Dogansoy