Lassaad Ben Ahmed
31 Mai 2018•Mise à jour: 31 Mai 2018
AA / Bujumbura / Jean Bosco
Le président de l'Observatoire burundais pour l'éradication et la prévention du génocide, des crimes de guerre et crimes contre l'humanité (ONPGH), Jean de Dieu Mutabazi, a demandé jeudi à la France de ne plus s’immiscer dans sa «politique intérieure» et de respecter sa «souveraineté».
«Nous déplorons le fait que la France affirme que la minorité tutsie n'est plus protégée par la nouvelle Constitution, alors que les experts en droit constitutionnel ont noté que le partage de pouvoir et la protection des minorités convenus à Arusha ont été sauvegardés», a-t-il déclaré, jeudi, sur la radio d’Etat, RTNB.
Au lendemain du référendum constitutionnel tenu le 17 mai au Burundi, Paris avait exprimé dans une déclaration son inquiétude face au risque de remise en cause des mécanismes visant à protéger la «minorité ethnique tutsie».
«La révision de la constitution introduit des modifications qui vont à l’encontre de l’Accord d’Arusha, qui avait mis en place un système institutionnalisé de partage du pouvoir entre les composantes communautaires burundaises, en remettant en cause les mécanismes visant à protéger la minorité tutsie», a déclaré le ministère français des Affaires étrangères.
«Cette réforme ne contribuera pas à résoudre la crise dans laquelle le pays est plongé depuis 2015».
Selon Jean de Dieu Mutabazi, la Constitution votée le 17 mai est en harmonie avec les lignes directrices de l'Accord d’Arusha et protège suffisamment la majorité Hutu ainsi que les minorités Tutsi et Twa.
«Au niveau du gouvernement, les Hutus seront représentés à hauteur de 60% contre 40% pour les Tutsis, il en est de même au parlement, à l’armée et à la police, chacune de ces deux ethnies sera représentée à hauteur de 50% », a-t-il déclaré.
Il est à rappeler que la révision de la constitution burundaise a été critiquée par l’ONU, l’UA et l’UE.
La cour constitutionnelle doit valider les résultats du scrutin jeudi.
La nouvelle constitution apporte, deux changements majeurs: au niveau du mandat présidentiel qui passera de 5 à 7 ans et sera "renouvelable" une fois. La prochaine élection présidentielle est prévue pour 2020.
En outre, la nouvelle constitution ne fait plus référence à l’accord d’Arusha signé en août 2000. Cet accord qui dispose qu’aucun président ne peut diriger le Burundi plus de dix ans, avait mis fin en 2003, à une décennie de guerre civile.
Le Burundi est secoué par une crise politico-sécuritaire depuis trois ans, née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 420.000 personnes à fuir le pays, selon l’ONU.