Turquie, Afrique

La Turquie est le pays le plus populaire chez les jeunes tchadiens (Sondage)

« Une grande majorité des jeunes tchadiens interrogés pensent que la Turquie peut aider plus que tout autre pays à promouvoir la démocratie, le développement et la paix au Tchad », indique le rapport d'enquête du "Sahel Public Diplomacy Center".

Ekip   | 04.01.2022
La Turquie est le pays le plus populaire chez les jeunes tchadiens (Sondage)

France

AA/ Paris / Ümit Dönmez

Une enquête d'opinion réalisée en août 2021 parmi les étudiants tchadiens par "Sahel Public Diplomacy Center" (SPDC)* dresse un tableau surprenant de la perception de leur pays et du monde pour la jeunesse tchadienne qui constitue la majorité de la population et l'avenir du pays.

Parmi les conclusions les plus notables de l'enquête intitulée « Perceptions des jeunes tchadiens sur les influences étrangères sur leur pays », la Turquie est perçue par le jeunesse tchadienne comme le pays le plus populaire, mais aussi celui qui peut être le plus bénéfique à leur pays.

« Le pays traverse une période de transition après avoir perdu son président Idriss Déby Itno sur le champ de bataille au nord-ouest du pays, après les affrontements avec les rebelles du Front pour le changement et le consensus au Tchad (FACT) en avril 2021 », est-il rappelé dans les conclusions de l'enquête du SPDC.


- La jeunesse, force vive et avenir du Tchad

« Les jeunes représentent près de 70 % de la population totale du Tchad », rappelle le rapport d'enquête, c'est-à-dire que les personnes âgées de moins de 25 ans représentent plus de deux tiers de la population du pays.

Parmi les principales conclusions de cette enquête, destinée à mieux cerner les préoccupations de la jeunesse tchadienne, on découvre que celle-ci accorde une grande importance à l'avenir politique de son pays.

« En raison de l’instabilité socio-politique et du manque de développement, la jeunesse tchadienne s’est davantage intéressée au mouvement civique pour apporter des changements dans le pays. À l’ère d’Internet, les jeunes tchadiens sont devenus plus engagés dans l’activisme numérique, car les médias sociaux fournissent des plates-formes en ligne sécurisées permettant aux jeunes de s’engager dans des activités civiques comme alternative à l’activisme de rue au Tchad, qui est associé à un risque élevé d’arrestation arbitraire, détention illégale et torture », indiquent les conclusions de l'enquête.

« Malgré l’intérêt croissant des jeunes pour le mouvement civique, la majorité des jeunes tchadiens interrogés ne sont affiliés à aucune organisation civile ou parti politique au Tchad », lit-on encore.

72,5 % des jeunes interrogés font état d'un réel intérêt pour le « mouvement civique » au Tchad, 23,7 % d'entre eux exprimant un intérêt partiel et seulement 3,8 % déclarant ne pas être intéressé par la question civique (ou autrement dit politique).

À la question « Êtes-vous membre ou partisan d’une organisation, d’un parti ou d’un mouvement civique au Tchad ? », 42,7 % des participants ont répondu « Oui » alors que 57,3 % ont répliqué par la négative.

La majorité (51,9 %) des jeunes tchadiens interrogés ont également reconnu leur « activisme et plaidoyer sur les réseaux sociaux », alors que 17,5 % d'entre eux ont pris part « à des manifestations pour les droits humains et la justice », 15,3% des interrogés ayant participé à des « démonstrations étudiantes » et 3,8 % à des « manifestations politiques ».

11,5 % des jeunes tchadiens interrogés déclaraient avoir pris part à des « élections parlementaires et présidentielles ».


- La question de la présence française au Tchad

Dans son rapport d'enquête, le SPDC indique qu'« il est important d'avoir un aperçu de la façon dont ils perçoivent la présence internationale au Tchad. Ce sondage auprès des jeunes est un outil important pour comprendre comment les jeunes Tchadiens voient la sphère d'influence internationale dans leur pays ».

Concernant la présence française au Tchad, les conclusions de l'enquête rappellent les manifestations ayant eu lieu au cours des années passées à l'encontre de l'Hexagone et ses activités dans la région du Sahel qui inclut le Tchad.

« Brûlant des drapeaux français dans les manifestations de rue au Tchad, lançant des campagnes numériques anti-France et manifestant devant les ambassades françaises du monde entier, les jeunes tchadiens ont exprimé leur frustration croissante envers la politique de la France au Tchad. La grande majorité des jeunes interrogés pensent que la popularité de la France est en forte baisse au Tchad », lit-on dans le rapport d'enquête du SPDC.

À la question « Comment évaluez-vous la popularité de la France au Tchad par rapport à il y a dix ans ? », 42 % des interrogés ont fait état d'une « diminution forte », 27,5 % d'entre eux décrivant une « décroissance » de la popularité française, alors que 16 % des participants évoquent une « constance » pour 14,5 %, faisant état d'une « croissance » de cette popularité.

« Malgré l’engagement déclaré de la France en faveur de la promotion de la démocratie et du développement au Tchad, l’écrasante majorité des jeunes tchadiens interrogés pensent que la présence française au Tchad n’aide pas à promouvoir la démocratie et le développement dans le pays », lit-on dans les conclusions de l'enquête.

À la question « Pensez-vous que la présence française contribue à promouvoir la démocratie et le développement au Tchad ? », 88,5 % des jeunes tchadiens interrogés ont répondu non, 4,6 % d'entre eux répondant « non » et 6,9 % des participants déclarant ne pas être sûr.

« La France tente de redéfinir ses relations avec l'Afrique, mais il semble que la jeunesse du continent ait un point de vue différent. La jeunesse africaine pense que les Français continuent de drainer le continent de ses riches ressources sous prétexte d’apporter la stabilité et le développement, et ils soutiennent que les relations avec la France ne sont que du néo-colonialisme et croient que le peuple africain devrait s'efforcer de redéfinir les relations avec la France. L’écrasante majorité des jeunes Tchadiens interrogés pensent que rompre les relations avec la France est le meilleur choix pour le pays », indique encore le rapport d'enquête.

À la question « Selon vous, qu’est-ce qui est le mieux pour le Tchad dans sa relation avec la France ? », 53,5 % des étudiants tchadiens interrogés répondent de « couper les relations », 41,2 % des interrogés estimant qu'il faut « revoir les relations » avec la France alors que 5,3 % optent pour « maintenir les relations » avec l'Hexagone.

Interrogés sur le rôle de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), « l’écrasante majorité des jeunes tchadiens pensent que l'OIF n’aide pas à promouvoir la paix et le développement au Tchad », selon les conclusions de l'enquête, indiquant qu'à la question : « L’appartenance à l’organisation de la Francophonie contribue-t-elle à promouvoir le développement et la paix au Tchad ? », 63,4 % des sondés déclarent qu'elle « n'aide pas », 13 % estimant qu'elle « aide » et 23,4 % d'entre eux déclarant ne pas être sûr.


- Les pays les plus influents au Tchad selon sa jeunesse

Dans la suite de l'enquête, les jeunes tchadiens sont interrogés sur les pays les plus influents dans leur pays.

Parmi les pays voisins du Tchad, le Soudan est indiqué par la majorité (51,3 %) des étudiants tchadiens comme le pays le plus influent, le Nigeria étant cité par 16,3% des sondés, suivi de la Libye (15,4 %), du Cameroun (13,1 %) et du Niger (4 %).

Interrogés sur le pays (tous continents confondus) ayant gagné le plus d'influence au Tchad au cours de la dernière décennie, 35,1 % des jeunes tchadiens ont estimé qu'il s'agissait de la Chine contre 22,1 % pour les États-Unis, et 19,1 % pour la Turquie, suivie de l'Égypte (8,1 %), la Russie (7,3 %), l'Arabie saoudite (6,1 %) et l'Allemagne (2,2 %).

« Les relations entre le Tchad et la Chine se sont développées et approfondies depuis la reprise des relations diplomatiques en août 2006. En investissant massivement dans le pays, les géants chinois de l’énergie ont aujourd’hui remplacé les compagnies pétrolières occidentales et la Banque mondiale en tant que premier investisseur étranger dans l'industrie pétrolière tchadienne. En retour, la Chine acquis une influence croissante au Tchad », lit-on dans les conclusions de l'enquête.

Interrogés sur le pays qui deviendrait le plus influent au Tchad dans les années à venir, 35,1 % des sondés ont estimé qu'il s'agirait de la Russie alors que 26,7 % indiquaient la Turquie et 19,1 % les États-Unis, suivis de la Chine (11,5 %), de l'Arabie saoudite (3,8 %) et de l'Égypte (3,8 %).

« La Russie étend très régulièrement son influence politique à travers l'Afrique. Aujourd'hui, la Russie est le principal pays étranger influent en République Centrafricaine, au Mali et a su se frayer un chemin vers plus d'influence en Libye, Alors que la présence de la Russie devient forte dans le pays voisin du Tchad, un tiers des jeunes tchadiens interrogés pensent que la Russie deviendra plus influente au Tchad dans un avenir proche », indique le rapport d'enquête de la SPDC.


- « La Turquie peut aider le Tchad plus que tout autre pays »

Les conclusions de l'enquête d'opinion indiquent que la jeunesse tchadienne accorde une large confiance à la Turquie. Interrogés sur le pays qui « peut le plus aider à promouvoir la démocratie, le développement et la paix au Tchad », 38,2 % des étudiants tchadiens ont indiqué qu'il s'agit de la Turquie contre 25,2 % pour les États-Unis et 12,2 % pour la Russie qui était suivie du Royaume-Uni (9,2 %), de l'Égypte (7,1 %), de la Chine (4,6 %° et de l'Arabie Saoudite (3,5 %).

« L’engagement de la Turquie en Somalie est l’un des exemples les plus remarquables de la capacité turque à promouvoir le développement dans un pays touché par un conflit. De nombreux experts africains pensent que le modèle de développement turc en Somalie peut être généralisé pour réorienter les pays africains autrefois fragiles. Une grande majorité des jeunes tchadiens interrogés pensent que la Turquie peut aider plus que tout autre pays à promouvoir la démocratie, le développement et la paix au Tchad », indique le rapport d'enquête.

Interrogés sur le pays jouissant d'une « grande popularité parmi les citoyens du Tchad », 39,2 % des jeunes tchadiens interrogés ont indiqué la Turquie, contre 20,8 % pour l'Arabie saoudite et 16,2 % pour la Chine qui était suivie des États-Unis (11,5 %), de l'Égypte (8,5 %) et de la Russie (3,8 %).

Interrogé, samedi, par l'Agence Anadolu (AA), Mürsel Bayram** indique qu'un point particulier a attiré son attention :

« La Turquie est le pays le plus populaire avec 39 %, mais lorsqu'on demande quel est l'acteur le plus influent au Tchad, la Turquie reste au taux de 19 %. Il y a donc une différence entre la réalité et l'attente », estime le professeur associé à l'Université des Sciences sociales d'Ankara (SSUA).

Selon le chercheur turc, « ces données indiquent que l'impact réel de la Turquie au Tchad, sur le terrain, ne se reflète pas dans son influence sur les esprits.

« D'un autre côté, ces données montrent également que la Turquie a plus de chances d'accroître son influence au Tchad que les autres États », constate Mürsel Bayram. « On peut ainsi dire que les Tchadiens attendent de la Turquie qu'elle soit plus active et accroisse sa présence dans leur pays. Ils y sont prêts », estime le chercheur.

« Nous avons des données positives sur l'avenir des relations Turquie-Tchad. Ces données indiquent, par ailleurs, la diminution de l'influence occidentale dans le pays. On peut dire que le vent a désormais changé de direction alors qu'il tourne en faveur de la Turquie et de la Chine et en défaveur de la France et des États-Unis.

« La Turquie sera la puissance la plus performante si elle réussit à transformer sa popularité en une présence plus active », estime Bayram. Le chercheur ajoute que « les investissements dans l'éducation, la santé, l'agriculture et l'industrie de la défense sont les points forts de la Turquie au Tchad. Il rappelle, par exemple, que « le Tchad a récemment acheté des véhicules militaires à la Turquie.

« La Turquie peut partager son expérience dans la lutte contre le terrorisme avec le Tchad. De nombreux pays attribuent de l'importance au soutien de la Turquie sur cette question », estime le chercheur turc.

« Le principal défi est la présence chinoise sur le terrain. Comme le montre le rapport, la Turquie devra désormais rivaliser non seulement avec l'influence française, mais aussi avec l'influence chinoise », conclut Mürsel Bayram.


Notes :

* « Sahel Public Diplomacy Center (SPDC) est une organisation indépendante à but non lucratif dédiée à la promotion de la diplomatie publique (centrée sur les personnes) sur le continent africain », indique le site Internet du SPDC.

** Dr. Mürsel Byaram est Professeur associé à l'Université des Sciences Sociales d'Ankara (SSUA / Ankara Sosyal Bilimler Üniversitesi, ASBÜ).

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