Hassan Isilow,Saida Charafeddine
12 Novembre 2015•Mise à jour: 13 Novembre 2015
AA/Johannesburg (Afrique du Sud) / Hassan Isilow
La liberté de la presse est encore un défis majeur dans de nombreux pays africains où les journalistes sont souvent arrêtés et poursuivis en justice pour avoir été critiques envers des responsables gouvernementaux, expliquent des experts des médias.
Un journaliste correspondant du groupe des chaînes al-Jazeera, Mohammed Adow, a déclaré, mercredi, à l’Agence Anadolu (AA): «La liberté des médias en Afrique est en général entravée, dans plusieurs de ces pays elle n’existe même pas».
S’exprimant en marge du "Forum des leaders des médias d'Afrique", organisé à Johannesburg, en Afrique du Sud, Adow a rapporté qu’il existe encore une forte censure à l’encontre des médias dans de nombreux pays africains où la classe politique ne leur permet pas d’informer librement pour demeurer au pouvoir.
Les journalistes critiques sont généralement traînés devant les tribunaux sur de fausses accusations s'appuyant sur des lois relatives aux médias particulièrement ambiguës.
«La loi contre le terrorisme est aujourd’hui la dernière tendance des gouvernements africains comme arme contre les journalistes» a confié Adow.
Les locaux de plusieurs organes des médias dans des pays africains, ont subi des descentes policières et ont été fermés en raison de ce qui a été perçu comme diffusion d’informations critiques.
Anton Harber, journaliste et chercheur à l’université de Witwatersrand, en Afrique du Sud, est convaincu que la répression des médias existe en Afrique parce que les dirigeants africains veulent éviter d’être tenus pour responsables de leurs actes par les citoyens.
«La fonction des médias dans toute démocratie est de permettre que les dirigeants rendent des comptes sur leurs agissements, ce qui met ces mêmes dirigeants mal à l’aise» a estimé Harber.
Harber a souligné que les journalistes sont harcelés, poursuivis en justice, emprisonnés et parfois, assassinés pour leur travail.
«Cinq journalistes ont été tués au Soudan du Sud cette année» a-t-il signalé à Anadolu.
«Les journalistes doivent se soutenir les uns les autres dans cette lutte sans fin pour des médias libres» a conclu Harber.
Une activiste des droits de l’Homme sud-africaine Ayesha Kajee a souligné, pour sa part, que si la liberté d’expression est protégée dans la majorité des constitutions des pays africains, il existe, en parallèle, des lois limitant la liberté de la presse dans ces mêmes pays.
«Certaines de ces lois limitatives datent de la période coloniale et sont maintenant instrumentalisées par des dirigeants sans scrupules qui ne veulent pas être critiqués, particulièrement s’ils sont corrompus et veulent rester longtemps au pouvoir» a expliqué Kajee.
Plusieurs journalistes et patrons de presse africains se sont rassemblés à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour participer à un forum de trois jours, durant lequel le président sud-africain Jacob Zuma doit prononcer un discours ce jeudi.