Lassaad Ben Ahmed
12 Janvier 2021•Mise à jour: 13 Janvier 2021
AA / Yaoundé / Peter Kum
Le ministère camerounais de la Défense a rejeté les accusations du Centre des droits de l’homme et de la démocratie en Afrique (CHDRA), relatives à un présumé massacre, perpétré par l'armée en régions anglophones.
Dans un communiqué rendu public lundi, le ministère camerounais de la Défense reconnait avoir mené une offensive contre des séparatistes anglophones à Matou, dans la région du Sud-Ouest.
Selon le porte-parole du ministère de la défense du Cameroun, le Colonel Atonfack Cyrille Serge, les forces de défense camerounaises ont mené, dimanche, « un raid préventif sur les positions des groupes terroristes » à Maotu, localité située dans le Sud-Ouest (anglophone) du Cameroun.
« A la vue des véhicules militaires, ces individus armés, surpris en plein rassemblement, ont immédiatement ouvert le feu sur les éléments des forces de défense, qui leur ont infligé une réponse appropriée », a précisé le communiqué du ministère de la Défense.
Le bilan de cette offensive faite « dans le strict respect d’engagement », est de « quelques terroristes neutralisés, d’autres blessés en fuite, des armes et munitions récupérées ». Des opérations de ratissage se poursuivaient dans la zone, lundi, « pour retrouver d’éventuels blessés fugitifs ».
Le ministère de la Défense a exprimé son étonnement, affirmant que : « Des leaders terroristes à la solde de la sécession et manifestement dépassés par les évènements, ont conçu dans leurs officines occultes, un fartas d’images macabres pour essayer de faire endosser » à l’armée camerounaise « un aveugle massacre » perpétré dimanche dans le Sud-Ouest du pays.
D’après les autorités camerounaises, une enquête minutieuse a été prescrite « pour élucider cette entreprise souterraine et faire, le cas échéant, toute la lumière sur le contenu des images macabres en circulation » depuis dimanche.
Dans un communiqué rendu public lundi, le Centre des droits de l’homme et de la démocratie en Afrique (CHDRA) a annoncé qu’il avait appris « le massacre d’au moins huit civils dans le village Maotu ».
« Des présumés éléments des forces de défense et de sécurité ont lancé une offensive dans le village Maotu dans l’arrondissement de Muyuka, région du Sud-Ouest et ont commis le massacre », a souligné le CHRDA tout en demandant une enquête approfondie.
En décembre dernier, un groupe de chercheurs de l’Edinburgh International Justice Initiative, de l’université de Leiden et de l’université de Toronto a publié une série de huit rapports de la base de données sur les atrocités commises dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.
Ils ont mené tout un travail de vérification de photos ou de vidéos pour déterminer la date, l'heure et la géolocalisation précises de ces atrocités.
Pour cela, ils se sont notamment basés sur des techniques de géolocalisation, l’utilisation de cartes ou même de données météo.
Ces atrocités documentées dans huit rapports, analysant tout autant de drames qui se sont déroulés depuis 2016, sont perpétrées par les forces de défense et de sécurité camerounaises et les groupes armés séparatistes.
Les chercheurs ont confirmé le massacre du 14 février 2020 à Ngarbuh dans le Nord-Ouest qui a causé la mort, selon l’ONU, d’au moins 23 civils, dont quinze enfants et deux femmes enceintes.
L’armée camerounaise a, d’ailleurs, fini par reconnaître sa responsabilité de ce drame. Les chercheurs ont même identifié l’endroit où les victimes avaient été enterrées.