Lassaad Ben Ahmed
30 Mars 2018•Mise à jour: 30 Mars 2018
AA/Niefang/Fabien Essiane
Depuis le boum pétrolier des années 2000 en Guinée Equatoriale, le pays s’est radicalement transformé. L’extrême pauvreté dans lequel le pays était plongé jusque-là a été reléguée au second rang.
Le correspondant de Anadolu a sillonné le pays du nord au sud, d’Ebebiyin (capitale de la province du Kye-Ntem) à Sipopo (La paradisiaque ville inauguré en 2011 à proximité de Malabo avec ses 52 villas présidentielles), et revient, pour nous, sur les spécificités du pays.
- Série 3/14-
Sur l’autoroute National 1, l’axe historique entre les villages équato-guinéens Mongomo et Niefang, nous filons vers la partie centrale de la région continentale du pays, à bonne vitesse, sur un ruban d’asphalte qui paraît monter vers le ciel dans un décor plat et droit.
Alternance de champs de tournesols et de bidonvilles: un coup le soleil des oléagineux, un coup la grisaille des bicoques bancales.
Que reste t-il de cette folle idée de faire de la ville une ville futuriste au cœur de ces espaces infinis?
Pour honorer la mémoire des morts au combat pour la lutte de l’indépendance, pour cultiver le souvenir des dizaines de milliers de familles placées dans les camps de rétention ? Ce monument aux héros du pays, dans les hautes herbes. Plus personne ne vient là. C’est de l’histoire.
Au coin de la route, c’est le fief du représentant du pays à la coupe de la confédération Africaine de football (CAF). Le Deportivo Niefang. Cette équipe est déjà entrée dans l’histoire pour être le seul club équato-guinéen à jouer les 16ème de finales d’une coupe interclubs continentale.
«Les enfants du village » comme on les appelle apres avoir éliminer tour a tout, New Star du Cameroun et le Daring Club Motema Pembe de la république démocratique du Congo, les joueurs de Niefang affrontent en début avril prochain, l'équipe de Côte-d'Ivoire, Williamsville."
Depuis la qualification de l’équipe, il y a quelques semaines, les maillots et les produits dérivés aux couleurs du club s'arrachent dans la ville de Niefang.
Aujourd’hui, les esprits chagrins font remarquer que les habitants ont oublié d’où ils viennent, préférant les dîners cosy de Niefang aux barbecues de la ville.
Le secteur, il est vrai, a tous les airs d’un méli-mélo ethnique donc politique. Avec leurs céréales et leurs bœufs, les populations du cru approvisionnent le pays en pain, en farine de maïs et en viande.
Avec pas grand chose, les autres survivent, descendus de leur terroir montagnard, là les tribus locales, installés sur les terres morcelées de l’ancien rio muni, par les géographes de la colonisation.
Voici enfin le centre de Niefang, son église réformée, son pub vaporisé au brandy industriel, ses silences.
Il y a soixante ans, quelques notables espagnols ont entretenu des relations intimes avec leurs servantes de couleur.
Scandale majuscule, inculpation des uns et des unes, et très vite l’oubli officiel.
Dans les rues en terre battue de la ville, les voitures datent des années 2000. Les chiens errants urinent sous les affiches de la récente campagne électorale.
Figés par la conviction, les visages des candidats du pouvoir comme de l’opposition apportent une touche de rose poupin au panorama.
Un homme nous observe depuis sa fenêtre; il la ferme lorsque que l'on fait mine de s’approcher.
Méfiance ? L'on prend avec philosophie, et continous notre carnet de route vers la ville d'Acurenam.