Guinée-Conakry : dissolution de 40 partis politiques pour non-conformité à la nouvelle loi
- Ces formations politiques perdent immédiatement leur personnalité morale et leur statut juridique explique le ministre de l'administration du Territoire
Bamako
AA / Bamako / Amarana Maïga
Le gouvernement guinéen a annoncé la dissolution de quarante partis politiques pour manquements à leurs obligations légales, une décision rendue publique tard dans la nuit de vendredi à samedi à la télévision nationale.
Dans un arrêté signé par le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), les autorités indiquent que ces formations politiques perdent immédiatement leur personnalité morale et leur statut juridique.
Parmi les partis concernés figurent plusieurs grandes formations de la scène politique guinéenne, notamment l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du Peuple de Guinée – Arc-en-ciel (RPG-AEC) de l’ancien président Alpha Condé, ainsi que l’Union des Forces Républicaines (UFR), fondée par Sidya Touré.
Ces figures majeures de l’opposition vivent actuellement hors du pays, dans un contexte politique marqué par la transition ouverte depuis la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) en septembre 2021.
Selon l’arrêté, les partis concernés sont sanctionnés pour « manquements à leurs obligations légales ». En conséquence, toutes les activités politiques menées en leur nom sont désormais interdites, aussi bien sur le territoire national que dans les représentations diplomatiques guinéennes à l’étranger.
Le texte prévoit également la mise sous scellés des sièges nationaux et des représentations locales de ces formations politiques. Leur patrimoine sera placé sous séquestre dans l’attente de la désignation d’un liquidateur chargé d’en assurer la gestion et la dévolution.
Cette décision intervient alors que la Guinée se prépare aux élections législatives et communales prévues le 24 mai 2026, considérées comme une étape importante du processus de transition politique.
Fin février, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, avait fixé un ultimatum aux formations politiques pour se conformer aux dispositions de la nouvelle loi organique régissant les partis politiques.
Cette mesure fait suite à la promulgation de la loi organique L-2025-035-CNT du 21 novembre 2025, qui impose notamment aux partis de prouver leur implantation dans les 33 préfectures du pays, de garantir au moins 30 % de femmes dans leurs organes décisionnels et de fournir des documents administratifs et fiscaux concernant leurs dirigeants.
Selon le ministère, les partis disposaient d’un délai transitoire de six mois, du 25 novembre 2025 au 25 mai 2026, pour se conformer à ces nouvelles exigences.
Plusieurs responsables politiques ont toutefois dénoncé cette décision. Ousmane Dady Camara, président du Rassemblement Guinée pour le Travail (RGT), a déclaré ne pas avoir reçu de notification préalable et a appelé les autorités à la prudence dans l’application de cette loi.
De son côté, Ansoumane Fofana, leader du Rassemblement des Guinéens pour l’Alternance (RGA), estime que ces mesures pourraient restreindre l’expression politique et fragiliser le jeu démocratique.
Certains responsables politiques critiquent également les nouvelles exigences imposées aux partis, notamment l’obligation de disposer de sièges dans chacune des 33 préfectures et la présentation de quitus fiscaux pour les membres des organes dirigeants.
