Mohamed Hedi Abdellaoui
05 Août 2016•Mise à jour: 08 Août 2016
AA/ Antananarivo/ Sandra Rabearisoa
Une lueur d’espoir pour le Grand Sud de Madagascar, en proie à une famine récurrente. Un véritable trésor alimentaire s’annonce aux commandes du sauvetage: le cactus rouge.
Des chercheurs malgaches ont récemment avancé que ce produit très abondant dans le pays peut servir pour lutter contre la famine chronique, connue sous l’appellation de «Kéré».
Si l’insécurité alimentaire engendre des pertes exorbitantes pour Madagascar, de l'ordre de 1,5 milliard de dollars par an, selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), l’exploitation de ce produit alimentaire peut non seulement nourrir des ventres affamés, mais aussi, générer des revenus.
Outre sa possible utilisation comme nourriture de substitution pour les humains, la plante de cactus rouge ou figuier de barbarie, clôturant généralement les champs et autre propriété, peut aussi servir d'aliments ou de boisson pour le bétail en raison de sa capacité à emmagasiner une grande quantité d’eau. Elle peut également être utilisé dans les industries cosmétiques et dans les huiles alimentaires.
Hugues Rajaonson, économiste et enseignant à l'Université d'Antananarivo en a parlé à Anadolu: «Pour faire une plantation industrielle à grande échelle, il faudrait d’abord déterminer l’endroit. Cela nécessite une étude agronomique approfondie afin de définir l’écosystème dans lequel peut évoluer le cactus rouge. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une plante envahissante qui peut pousser un peu partout ».
Maka Alphonse, ancien parlementaire et originaire d’Amboasary Sud dénonce le désintérêt des populations quant à la culture du cactus rouge: «Jusqu’à présent, la culture du cactus rouge est effectuée de manière traditionnelle car la population ne se rend toujours pas compte des vertus de cette plante. D’ailleurs, le cactus n’est utilisé que comme nourriture de substitution durant la période de famine»
Dans une publication parue sur le site d’information sur la science et la technologie pour le développement mondial (SciDev.Net), le scientifique malgache Sylvain Mahazotahy, affirme pour sa part que «parmi les vingt-sept espèces qui poussent bien dans cette partie de l’île, huit sont exploitables au plan industriel et se prêtent à une exploitation d’envergure».
D’après les explications de ce chercheur en biologie végétale à l’Université de Toliara, dans le sud de Madagascar, «le cactus rouge peut aider les communautés rurales à vaincre l’insécurité alimentaire à laquelle elles sont régulièrement exposées».
Un point de vue partagé par Holy Ranaivoarisoa, enseignante à l’Ecole supérieure des sciences agronomiques. Dans la même publication, l’enseignante revient sur les nombreux produits dérivés du cactus rouge, faisant de cette plante, un véritable trésor. «J’ai pu observer au cours de voyages au Maroc une variété de produits à base de cette plante: cosmétiques, huile alimentaire, aliments pour bétail, etc ; et l’huile essentielle tirée du figuier de barbarie est une parmi les chères au monde », dit-elle.
Outre la sécheresse et la faible pluviométrie, l’épuisement des stocks d’aliments à la disposition des habitants et le faible pouvoir d’achat sont autant de facteurs qui fragilisent la population dans cette partie du pays, où plus d’un million de personnes sont victimes d'une famine chronique. Les régions Androy, Anosy et Atsimo Andrefana (Extrême-sud) sont les plus touchées par le Kéré. Du coup, la population a souvent recours au cactus rouge comme alternative.
Du 19 au 21 juillet dernier, un atelier pour l’élaboration du plan de relèvement du Sud de Madagascar s’est tenu à Ambovombe, dans la région Androy (Sud), où vivent 1,8 million d'habitants. A cette occasion, Violette Kakyomya, le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies et Représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Madagascar a annoncé l’engagement de l’Institution qu’elle représente à soutenir le plaidoyer qui sera mené par le gouvernement pour mobiliser les ressources en faveur d’actions humanitaires dans le Sud. L’insécurité alimentaire a été évoquée parmi les principaux problèmes qui causent la vulnérabilité de la région. Ce programme n’a pas été concrétisé, faute de soutien des bailleurs de fonds.
La sécheresse perdure, depuis des décennies, dans le sud de Madagascar. Mais l’année en cours est l’une des plus dures. Le ministère de la Population a fait état, en février dernier, de 3 morts provoquées indirectement par la malnutrition, causée par la sécheresse. Dans cette région du pays, il semble que le temps s’est figé. L’auteur malgache, Pierre Launois, parlait dans son livre «Madagascar hier et aujourd’hui» de la raréfaction de l’eau, disant que les populations dans le sud de Madagascar avaient énormément du mal à trouver de quoi assouvir leur soif. Ces mêmes habitants devaient faire plus de 20 km par jour pour puiser l’eau dans des sources qui se tarissaient rapidement, selon la même source.
Sept décennies plus tard, le constat est le même et s'annonce parfois plus dur: La sécheresse et la famine fauchent des vies.
En dehors de Madagascar et de l'Océan indien, le cactus rouge pousse au Maroc et dans toute l'Afrique du Nord.