Ekip
20 Février 2025•Mise à jour: 22 Février 2025
AA / Goma / Grady Katsuva
Le département d'État des États-Unis a annoncé, jeudi, des sanctions contre deux individus et deux entités liés à la violence et aux violations des droits de l'homme dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC).
Les personnes sanctionnées sont James Kabarebe, ministre d'État rwandais chargé de l'Intégration régionale, et Lawrence Kanyuka Kingston, porte-parole du mouvement rebelle M23 et de l'Alliance du fleuve Congo, ainsi que ses entreprises, Kingston Fresh et Kingston Holding.
"Les États-Unis sanctionnent aujourd’hui deux individus et deux entités liés à la violence et aux atteintes aux droits de l’homme dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette action inclut la désignation du ministre d’État rwandais chargé de l’Intégration régionale, James Kabarebe, ainsi que de Lawrence Kanyuka Kingston, porte-parole du M23 et de l’Alliance du fleuve Congo, ainsi que deux des entreprises qu’il contrôle, Kingston Fresh et Kingston Holding", a indiqué le département d’Etat des États-Unis dans un communiqué de presse consulté par Anadolu.
Ces sanctions interviennent alors que le M23, soutenu par le Rwanda d’après les rapports de l’ONU, a élargi ses conquêtes sur le territoire congolais, dont la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu et Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu.
Dans ce contexte, le département d'État des États-Unis souligne que l'agression du M23 compromet l'intégrité territoriale de la RDC, ayant causé des milliers de victimes civiles, y compris la mort de soldats de la paix de l'ONU, et risque de dégénérer en un conflit régional plus large.
"Cette agression sape l’intégrité territoriale de la RDC. Avec le soutien du Rwanda, elle a également menacé, blessé, tué et déplacé des milliers de civils innocents, coûté la vie à trois soldats de la paix de l’ONU et en a blessé plusieurs autres. Cette violence risque de dégénérer en un conflit régional plus large", indique le communiqué.
Les États-Unis appellent le Rwanda à cesser son soutien au M23 et à retirer ses troupes du territoire congolais. Ils insistent sur la nécessité d'un retour à la table des négociations dans le cadre du processus de Luanda, dirigé par l'Angola, pour résoudre le conflit.
"La mesure prise aujourd’hui montre à quel point il est nécessaire que le Rwanda revienne à la table des négociations dans le cadre du processus de Luanda dirigé par l’Angola afin de parvenir à une résolution du conflit dans l’est de la RDC. Les États-Unis appellent les dirigeants du Rwanda à cesser de soutenir le M23, déjà désigné par les États-Unis et l’ONU, et à retirer toutes les troupes des Forces de défense rwandaises du territoire de la RDC", souligne le département d’Etat.
Ces sanctions des États-Unis surviennent alors que les efforts de paix dans l’est de la RDC restent inefficaces. Malgré les tentatives de négociations, notamment via le processus de Luanda dirigé par l’Angola, les combats entre le M23 et l’armée congolaise persistent dans l’est du pays, aggravant la crise humanitaire et déstabilisant la région.
Les rebelles du M23 continuent d’étendre leur emprise dans l’est de la RDC où ils occupent plusieurs localités, menaçant l’intégrité territoriale du pays.
Le Mouvement du 23 Mars (M23) a été créé en 2012 par des militaires dissidents de l’armée congolaise. Après une brève montée en puissance, il a été défait en 2013 par les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc), appuyées par les Casques bleus de la Monusco. Cependant, le M23 a repris les armes en 2022, s’emparant de plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu, située à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir activement le M23 pour accéder aux richesses minières de la région. Ces accusations sont étayées par des rapports d’agences onusiennes, qui pointent un appui militaire rwandais au mouvement rebelle. Pour la RDC, le M23 est un groupe "terroriste" et toute forme de négociation est catégoriquement rejetée.
Le Rwanda réfute ces allégations, affirmant que le M23 est un mouvement congolais dirigé par des Congolais, bien que ses membres parlent le kinyarwanda, la langue rwandaise. Kigali rejette également les conclusions des rapports onusiens et rappelle avoir désarmé les rebelles du M23 qui s’étaient réfugiés sur son sol en 2012-2013, avant de remettre leur arsenal aux autorités congolaises.
Pour le Rwanda, le M23 représente une menace pour sa sécurité intérieure. Kigali accuse la RDC de collaborer avec des groupes armés, notamment les miliciens Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), considérés comme responsables du génocide rwandais. Ces alliances, selon Kigali, s’inscriraient dans une stratégie visant à renverser le gouvernement rwandais.