Afef Toumi
22 Juin 2020•Mise à jour: 22 Juin 2020
AA/Le Caire
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a indiqué que son pays « n’a pas menacé de mener une opération militaire contre l’Ethiopie », durant les six dernières années, sur fond de différend entre les deux pays concernant le barrage de la Renaissance.
C’est ce qui ressort d’une interview accordée par Choukri à l’agence Associated Press, publiée lundi.
Le ministre égyptien a précisé que « l’Egypte n’a jamais menacé de mener une opération militaire contre l’Ethiopie, durant les six dernières années, et n’a même pas fait allusion à cette possibilité ».
« Nous avons œuvré à trouver une solution politique et à convaincre le peuple égyptien que l’Ethiopie a le droit de construire ce barrage pour des objectifs de développement », a ajouté Choukri.
Il a, cependant, assuré que l’Egypte prendra des mesures « claires et franches » au cas où le Conseil de sécurité échouait à faire revenir l’Ethiopie à la table des négociations concernant le Barrage.
« Si le Conseil de sécurité ne réussit pas à convaincre l’Ethiopie à reprendre les négociations et que le remplissage du Barrage démarre, nous nous trouverons alors dans une position qu’il faudra gérer et nous serons francs et très clairs dans les mesures à prendre », a souligné le ministre égyptien.
Il a appelé, dans ce contexte, les Etats-Unis et les pays membres au Conseil de sécurité, ainsi que les pays africains, à aider dans la conclusion d’un accord à même de garantir les intérêts des trois pays : Egypte, Soudan et Ethiopie.
Et de poursuivre que « la responsabilité du Conseil de sécurité est de faire face à toute menace contre la paix et la sécurité internationales et il est certain que les décisions unilatérales de l’Ethiopie sur ce dossier représentent une telle menace ».
Le Caire avait auparavant annoncé sa volonté de reprendre immédiatement les négociations sur le barrage de la Renaissance, si Addis-Abeba s’engageait à ne pas remplir le Barrage, conformément à ses engagements internationaux.
Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedu Andargachew, avait indiqué, dimanche dans une interview télévisée, que la plainte de l’Egypte auprès du Conseil de sécurité n’est qu’une façon de se dérober et éviter le dialogue et les négociations.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères avait annoncé, dans un communiqué publié vendredi, avoir recouru au Conseil de sécurité concernant le blocage des négociations sur le Barrage éthiopien.
Le Caire a appelé le Conseil de sécurité à « intervenir pour arriver à une solution juste et équilibrée au sujet du barrage de la Renaissance » et à empêcher toute mesure unilatérale qui pourrait compromettre les chances d’arriver à un accord.
Plusieurs réunions ont été tenues par visioconférence, pendant 7 jours, entre Le Caire, Addis-Abeba et Khartoum, en présence d’observateurs de l’Union européenne, de l’Afrique du Sud et des Etats-Unis.
Aucun résultat ni accord commun n’a été obtenu à l’issue de ces réunions, concernant le remplissage et le fonctionnement du Barrage.
En effet, les négociations ont connu, pendant des années, des blocages et des atermoiements au milieu d’un échange d’accusations entre l’Egypte et l’Ethiopie.
Addis-Abeba envisage de démarrer le remplissage du barrage de la Renaissance cette année, pendant la saison des pluies, qui coïncide avec le mois de juillet prochain. Le Soudan et l’Egypte refusent cette décision unilatérale.
Le barrage de la Renaissance, édifié par l’Ethiopie sur le Nil (Nil bleu), suscite les craintes de l’Egypte quant à la diminution de sa part annuelle des eaux du fleuve (55.5 milliards de m3).
La partie éthiopienne affirme que le barrage lui sera d’une grande utilité, notamment en matière de production d’énergie, et qu’il ne causera aucun préjudice à l’Egypte ni au Soudan.