Esma Ben Said
27 Juillet 2018•Mise à jour: 28 Juillet 2018
AA/Bujumbura/Jean Bosco
Alors qu’une nouvelle session du dialogue inter-burundais est prévue dans les prochains jours à Arusha selon les médias locaux, le pouvoir et l’opposition divergent déjà sur son agenda.
Bujumbura estime, en effet, que tout a été réglé dans la nouvelle constitution promulguée en juin dernier.
«Nous avons appris qu’une autre session est en préparation, le gouvernement estime que le Facilitateur veut conclure ce dialogue qui n’a plus de raison d’être puisque la nouvelle constitution a déjà tout réglé», a déclaré vendredi sur la radio Rema-Fm Térence Ntahiraja, Assistant du Ministre de l’Intérieur et de la Formation patriotique.
«Si le Facilitateur veut nous aider, qu’il nous organise autour d’une même feuille de route pour réussir le processus électoral de 2020 », a ajouté l’Assistant du Ministre.
La mouvance présidentielle est de cet avis. «Parmi les questions en discussion figurait celle du mandat présidentiel, or le Président Pierre Nkurunziza a déclaré qu’il ne sera pas candidat en 2020 », a confié à la radio indépendante Isanganiro Kefa Nibizi, président du parti Frodebu-Nyakuri (Front pour la démocratie au Burundi), satellite du parti présidentiel.
Mais l’opposition ne l’entend pas de cette oreille. «Le gouvernement vient de réviser la constitution de manière unilatérale, nous continuons à réclamer l’annulation de cette loi qui piétine l’Accord d’Arusha, cela doit figurer à l’agenda des négociations», a déclaré vendredi l’opposant Zénon Nimubona, président du parti PARENA (Parti pour le redressement national) sur la radio Isanganiro.
«Vous ne pouvez pas dire que tout a été réglé dans la nouvelle constitution alors qu’il y a des leaders politiques en exil et des centaines de milliers de réfugiés poussés à l’extérieur par le même pouvoir qui prétend avoir tout réglé », a renchérit sur Isanganiro, Tatien Sibomana, porte-parole du parti Uprona, Union pour le progrès national, une autre force de l’opposition burundaise.
Selon des médias burundais, des émissaires de l’Organisation des Nations unies (Onu) et de l’Union africaine (Ua) étaient récemment en consultation à Arusha (Tanzanie) avec le Bureau de l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, Facilitateur dans la crise burundaise, pour relancer le dialogue inter-burundais au point mort depuis plusieurs mois.
Initié depuis plus de trois ans à Arusha, dans le nord de la Tanzanie, le dialogue inter-burundais jusqu’ici mené sous l’égide de la Communauté est-africaine est au point mort depuis plusieurs mois. Le 4 ème et dernier round des négociations a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre dernier.
Le gouvernement burundais s’attelle aujourd’hui à la préparation des élections générales de 2020 après la promulgation, par le président Pierre Nkurunziza, d’une nouvelle constitution, le 7 juin dernier.
Depuis plus de trois ans, le Burundi traverse une grave crise politique et sécuritaire, liée au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, qu’il a brigué en 2015, un mandat jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé près de 400.000 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 30 juin 2018.