Ayvaz Çolakoğlu
05 Juillet 2019•Mise à jour: 07 Juillet 2019
AA/Abidjan/ Fulbert Yao
Sommé par la Cour Africaine des droits de l'Homme et des peuples de rendre la Commission électorale en Côte d'Ivoire plus indépendante, le gouvernement ivoirien a adopté mercredi un projet de loi sur la nouvelle Commission qui devrait être mise en place courant juillet 2019.
Mais en attendant que le projet de loi ne soit validé par l’Assemblée nationale, puis par le sénat, le contenu de ce texte a du mal à passer auprès de l'opposition, qui réclamait une réforme profonde et non une recomposition comme semble l'avoir fait le gouvernement selon elle.
Pour l’opposant Pascal Affi Nguessan, président du Front populaire ivoirien (FPI, proche de Gbagbo), "dans sa forme actuelle, le texte adopté en Conseil des ministres est une initiative parallèle, personnelle et solitaire du gouvernement" qui n'engage nullement son parti, estimant que "les négociations ne sont pas terminées".
"Dans le fond, ce projet du gouvernement n'apporte pas de réponse à la question de l'équilibre dans la composition de la Commission. Au contraire, il maintient la mainmise de la majorité présidentielle sur la Commission Electorale Indépendante (CEI) avec 7 représentants sur 15 membres (47%) contre 3 membres pour l'opposition (20%) et 5 pour la société civile (30%). Ce déséquilibre est confirmé dans la composition des commissions locales. En outre, ce projet fait l'impasse sur les attributions et le fonctionnement de la Commission qui constituent les autres piliers de son indépendance", a indiqué l’opposant, dans une déclaration.
Bamba Moriféré, président du Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire (RPCI), membre d’une plateforme des 23 partis d'opposition autour du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ex-allié au pouvoir) a déclaré face à la presse, que "dès le départ, le gouvernement était de mauvaise foi. Il avait déjà préétabli son programme et voulait passer en force".
"Le régime vient d'opérer un passage en force. Nous allons organiser la riposte, car c’est la bataille politique qui nous reste», a affirmé Moriféré.
Tout aussi catégorique, Alain Lobognon, vice-président et porte-parole du Mouvement de la promotion des valeurs nouvelles en Côte d’ Ivoire (MVCI, proche de Guillaume Soro, l’ex-chef de la rébellion), estime que cette nouvelle composition de la CEI renforce le recul démocratique.
Il soutient en outre que la nouvelle commission électorale doit avoir une absolue neutralité afin d’assurer l’égalité de traitement de tous les acteurs du processus électoral.
Danielle Boni Claverie, présidente de l’Union républicaine pour la démocratie (URD, pro-Gbagbo) dénonce, elle, un passage en force gouvernement.
Toutefois, l’opposante assure que l’opposition est prête à retourner à la table de discussions si le gouvernement se ravise.
"Nous ne sommes pas figés sur une position intransigeante, nous sommes tout à fait prêts à reprendre les discussions si le gouvernement se ravisait, nous estimons que le travail qui a été fait est un travail inachevé», a-t-elle déclaré.
Autre sujet de colère de l’opposition, la nouvelle carte d’identité à 5 000 francs (10 USD). Pour dénoncer toutes ces dérives, l'opposition appelle à un grand rassemblement de protestation ce samedi 6 juillet à Cocody, dans le nord d’Abidjan.