Nadia Chahed
10 Avril 2017•Mise à jour: 10 Avril 2017
AA/Yaoundé/Anne Mireille Nzouankeu
Chéhou Souaïbou, un éleveur de Kerawa, une localité camerounaise située à moins de cinq kilomètres de la frontière avec le Nigeria, est inconsolable. Son troupeau a été volé en janvier dernier, lors d’une attaque du groupe terroriste Boko Haram.
Depuis, il n’a plus aucune source de revenus. « Mes huit bœufs ont été volés. J’élevais également des chèvres et des poules. Tout a été emporté », se lamente Souaïbou dans une déclaration à Anadolu.
« Les greniers de mes deux femmes ont été pillés, les assaillants ont, également, incendié les maisons avant de partir. Nous passons des moments très difficiles. Pas évident de manger, de dormir et même de vivre », ajoute l'éleveur et père de 11 enfants.
Chéhou Souaïbou n’est pas le seul éleveur de la région à s'être retrouvé dans une telle situation. « Plus de 5000 bœufs ont été volés en 2016 au Cameroun par Boko Haram », avait déclaré en mars dernier, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma.
"En 2015, le nombre de bœufs volés par Boko Haram sur le territoire camerounais s’est élevé à 4200, sans compter les petits ruminants, selon une estimation du groupe nigérian lui même", avait indiqué Tchiroma, ajoutant "qu'en 2014, près de 1160 têtes de bétail ont été volées à nos populations par la horde criminelle et barbare Boko Haram".
D’après Mamadou Yakoubou, l’un des responsables du Projet d’appui à l’amélioration de la productivité de l’élevage- qui encadre les éleveurs de la région de l’Extrême Nord du Cameroun, frontalière avec le Nigeria- ces vols de bétail ont engendré un manque à gagner de près de huit milliards de Fcfa en trois ans, soit environ 13 millions de dollars.
C’est un manque à gagner aussi bien pour l’Etat qui ne perçoit plus les taxes que pour les éleveurs qui perdent leur bétail, principale et unique source de revenus pour la majorité d'entre eux a-t-il ajouté.
"Avant la crise sécuritaire provoquée par Boko Haram, les communes percevaient environ 500 000 FCfa ( 813 usd) chaque semaine sur la vente du bétail", explique Mamadou Yakoubou à Anadolu.
Il indique qu’aujourd’hui, beaucoup de marchés ont été fermés car les kamikazes profitent des regroupements pour se faire exploser. De plus, « même lorsque les marchés sont ouverts, les éleveurs n’ont presque plus de bétails à vendre », se désole encore Yakoubou.
Si le groupe terroriste nigérian commet des exactions au Cameroun depuis plusieurs années, ce n'est qu'en 2013 que ces exactions sont devenues régulières.
Ainsi, de 2013 à février 2016, « on aura dénombré dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, 315 incursions des terroristes Boko Haram, 12 accidents sur mines et 32 attentats-suicide du fait de ces mêmes criminels », selon le ministre Issa Tchiroma, porte-parole du gouvernement camerounais.
Au cours de la même période, « 1 098 civils camerounais , 67 militaires et trois policiers ont perdu la vie à la suite des agressions barbares dirigées contre le pays par le groupe terroriste Boko Haram », selon la même source.