Esma Ben Said
02 Février 2018•Mise à jour: 02 Février 2018
AA/Yaoundé/Aurore Bonny/Peter Kum
Trois militaires camerounais ont été tués, jeudi, dans des incidents distincts dans le nord-ouest anglophone du Cameroun, où les séparatistes ont promis de "continuer la lutte" après l'extradition, en début de semaine, de leur leader et 46 autres séparatistes du Nigeria vers Yaoundé.
D'après le ministre camerounais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, joint par Anadolu, des séparatistes ont attaqué un check-point tenu par des gendarmes à Bingo, localité du nord-ouest, faisant deux morts dans le rang des forces de sécurité.
Des présumés séparatistes ont également abattu un militaire, à Bamenda, autre localité du nord-ouest, précise la même source.
Ces nouvelles attaques surviennent sur fond d'intensification de la crise anglophone depuis que le président du mouvement séparatiste anglophone au Cameroun, Sisiku Ayuk Tabe, et quarante-six de ses partisans, détenus au Nigeria depuis le 5 janvier, ont été extradés le 26 janvier à Yaoundé.
Une extradition qui a suscité la colère de l'ONU, qui a déclaré, jeudi, être "très préoccupé" par la situation.
Selon un communiqué du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), forcer les séparatistes camerounais à revenir sur ordre du Nigeria « viole les engagements internationaux de protection des réfugiés ».
Mais pour le HCR « ce retour forcé viole le principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international des réfugiés ».
Le principe de non-refoulement interdit en effet le retour des réfugiés ou des demandeurs d'asile dans des pays où ils pourraient être victimes de persécution.
Le Nigéria n'a pas encore réagi à ces propos.
De leur côté, les séparatistes ont promis de continuer la lutte, selon les médias locaux.
Les séparatistes anglophones arrêtés début janvier à Abuja étaient accusés, entre autres, d’avoir participé à des réunions clandestines visant à déstabiliser le Cameroun.
D'après Issa Tchiroma, les personnes extradées ne sont pas seulement des leaders du présumé Etat d’Ambazonie.
«Parmi eux se trouvent des recrues de la guérilla d’Ambazonie, arrêtées dans des forêts à Calabar», au Sud du Nigéria, a-t-il soutenu.
«Toute la nation camerounaise est heureuse de savoir que ces criminels qui brûlent des édifices publics, tuent des forces de défense et de sécurité et commettent un crime imprescriptible, qui consiste à empêcher à nos enfants d’acquérir le savoir pour devenir des leaders de demain, ceux-là sont des criminels recherchés par la nation camerounaise», avait-il indiqué à Anadolu.
«S’il s’avère que ces gens sont responsables des actes commis contre nos forces armées, il semble normal qu’ils soient jugés au Cameroun », avait ajouté le ministre.
Pour rappel, la crise anglophone avait pris un tournant décisif le 1er octobre 2017, après l'annonce symbolique de l'Indépendance des deux régions anglophones du Cameroun, le sud-ouest et le nord-oust et la création du présumé Etat d'Ambazonie.
Cette crise avait commencé par un mouvement de protestation d'avocats anglophones contre la non-traduction de documents nécessaires à leur travail. La protestation avait été violemment réprimée.
Au cours du mois de décembre les sécessionnistes sont passé aux armes en s'attaquant à des positions de l'armée et de la police.
Le bilan de leurs attaques s'élève à une vingtaine de soldats tués, selon un bilan établi par Anadolu auprès de sources sécuritaires camerounaises.